(New York) Bernie Madoff, auteur de la plus grande escroquerie financière de l’histoire, à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de dollars, est mort à 82 ans dans le pénitencier de Caroline du Nord où il purgeait une peine de 150 ans de prison.

Agence France-Presse

La fraude pyramidale – « à la Ponzi » – de cette figure de la finance new-yorkaise, mise au jour en décembre 2008, consistait à piocher dans les dépôts de ses nouveaux clients pour rétribuer ou rembourser des investisseurs plus anciens.

Un porte-parole de la prison de Butner, située dans le nord de la Caroline du Nord, a confirmé sa mort, annoncée par plusieurs médias américains, mais s’est refusé à en préciser la cause.

En 2020, Bernie Madoff avait demandé sa libération anticipée pour raisons médicales, laquelle lui avait été refusée en juin. Il disait être en phase terminale d’une maladie rénale et n’avoir plus que 18 mois à vivre.

Issu d’une famille juive modeste du quartier new-yorkais du Queens, Bernard Madoff a fondé une société de courtage alors qu’il était encore à l’université, à la fin des années 1950.

Il incarnait une nouvelle génération de financiers, plus modernes, qui misaient sur le développement de l’informatique.

Devenu une figure de Wall Street, il a offert, en plus des services de courtage (vente et achat de titres pour le compte de clients), un véhicule de placement, devenu rapidement un succès.

Un nombre croissant d’investisseurs institutionnels, mais aussi de particuliers fortunés, lui ont confié des milliards de dollars en gestion, séduits par la promesse d’un rendement élevé et surtout stable, dans un univers de la finance par définition imprévisible.

Les sommes réclamées par les investisseurs qui ont saisi la justice après l’éclatement du scandale atteignaient plus de 17 milliards de dollars. En incluant les profits vantés par Bernie Madoff, qui se sont révélés virtuels, les pertes se montent à 65 milliards de dollars.

Le fonds de recouvrement destiné à l’indemnisation des victimes de cette escroquerie sans précédent a reversé, jusqu’ici, environ 2,7 milliards de dollars.

Des décennies d’impunité

Avant le scandale, des observateurs et investisseurs avaient régulièrement émis des doutes sur les méthodes de Bernie Madoff, qui cultivait le secret sur sa stratégie d’investissement. Mais malgré ces signalements, sur plusieurs décennies, le gendarme boursier américain, la SEC, n’a jamais inquiété le financier.

D’autres, comme la banque JPMorgan Chase, qui a versé en 2014 une amende de 2,6 milliards de dollars pour s’exonérer de poursuites, seront plus tard accusés d’avoir tu leurs doutes, alors qu’ils retiraient discrètement leurs fonds.

Petit homme assez discret à la chevelure argentée, Bernard Madoff avait réussi à se bâtir une double image de pionnier de la finance, bousculant l’ordre établi, et de personnalité de l’establishment, fréquentant des cercles privés prisés des élites new-yorkaises.

Il aura fallu la crise financière de 2008 pour dévoiler le scandale. D’un seul coup, Bernie Madoff s’est trouvé face à de multiples demandes de retraits massifs, tandis que les dépôts se raréfiaient. D’un coup, le système s’est effondré, à la façon d’un château de cartes.

De nombreuses institutions financières et des clients fortunés se sont retrouvés piégés, parmi lesquels l’acteur américain Kevin Bacon, l’écrivain Elie Wiesel ou le réalisateur Steven Spielberg, qui ont perdu plusieurs millions de dollars.

Thierry de la Villehuchet, financier français installé à New York et qui avait placé chez Bernie Madoff environ 1,4 milliard de dollars de clients comme Liliane Bettencourt, s’est suicidé dans son bureau de Manhattan, fin décembre 2008.

Le jour de sa condamnation, fin juin 2009, Bernie Madoff a exprimé des regrets, reconnaissant avoir infligé « beaucoup de peine et de souffrance » autour de lui. « Je laisse la honte en héritage à ma famille et mes petits-enfants. »