On pourrait être déprimé en lisant ce budget, se dire que le Québec retombe dans une ère de déficit pour sept ans, avec son austérité et ses hausses d’impôt. Je suis d’un tout autre avis.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Le gouvernement prend une sage décision en reportant de deux ans l’atteinte de l’équilibre budgétaire, ce qui nous permettra de souffler.

De plus, le ministre Eric Girard appuie sur les bons boutons pour régler certains problèmes économiques importants. C’est le cas du plan pour la requalification de la main-d’œuvre touchée par la pandémie, l’injection de fonds pour former davantage d’informaticiens, ou encore les mesures visant à favoriser l’immigration en région et la reconnaissance de leurs compétences.

Surtout, je constate que ce budget recèle quelques bonnes nouvelles dans le contexte. En voici quatre.

1— Les recettes d’impôts augmentent !

D’abord, me croiriez-vous si je vous disais que les recettes d’impôts des particuliers n’ont pas baissé cette année, malgré la plus importante récession de l’ère moderne, mais qu’elles ont augmenté ?

C’est pourtant le cas. De fait, les Québécois ont versé 4,1 % plus d’impôts sur leurs revenus au gouvernement du Québec que l’année précédente, soit 1,4 milliard de dollars, selon le budget Girard. Et ce n’est pas parce que les taux d’imposition ont monté, mais parce que leurs revenus ont été plus importants.

Oui, bien sûr, ce phénomène s’explique beaucoup par les mesures d’aide fédérale aux particuliers, comme la fameuse PCU1, qui ont fait grimper les revenus des particuliers et donc les recettes versées au gouvernement de 1,8 milliard. Tout de même, sans ces mesures, ces recettes des particuliers auraient reculé de 1,1 %, très loin de la contraction du PIB nominal de 4,0 %.

Je m’attendais à bien pire.

2— Le déficit plus petit que prévu

Autre bonne nouvelle : le déficit pour l’année financière qui se termine le 31 mars est plus petit que prévu. Tout pris en compte, il n’est pas de 15 milliards — avant utilisation de la réserve — mais de quelque 12 milliards, ce qui est considérable.

Le chiffre est tout de même de 15 milliards dans les documents budgétaires, parce que le gouvernement a décidé d’imputer à l’année qui se termine dans une semaine des dépenses qu’il vient d’annoncer, et qui sont habituellement inscrites pour l’année à venir.

C’est le cas de certains des fonds prévus pour brancher les Québécois à l’internet à haute vitesse et d’autres mesures pour améliorer la productivité, qui totalisent près de 1 milliard.

Québec s’est aussi gardé une provision pour risques économiques de 1,3 milliard pour l’année en cours, au cas où les dépenses et les rentrées finales d’impôt et taxes des prochaines semaines différeraient des prévisions.

Bref, l’année a été moins mauvaise que prévu, ce qui a permis au gouvernement de mettre plus d’argent en santé, notamment, comme ce fut le cas à la mi-année.

3— Le rapport dette/PIB est stable

Troisième bonne nouvelle : le Québec se retrouve aujourd’hui, malgré les déficits à venir, dans une situation financière semblable à celle du fédéral avant la pandémie.

Pardon ? Mais oui, selon les estimations du budget, la dette nette du Québec gardera un niveau constant par rapport à la taille de l’économie au cours des prochaines années, même avec des déficits annuels frisant les 7 milliards.

De fait, la dette nette grimpe d’environ 5 points cette année, à 45 % du PIB, avant de se stabiliser à ce niveau, même en supposant qu’on ne résorbe pas le déficit. Cette stabilité s’explique par le fait que notre PIB, au dénominateur de l’équation, grossira aussi vite que notre dette gonflée par les nouveaux déficits.

C’est la stratégie de gestion des finances publiques qu’avait adoptée le gouvernement Trudeau avant la pandémie, quand l’économie roulait à fond de train. Les finances du Québec seront dans un contexte semblable d’ici à sept ans, à la différence près que le gouvernement du Québec a l’intention de revenir à l’équilibre budgétaire et donc de réduire ce rapport dette/PIB à 41 % au terme de l’exercice.

En comparaison, la pandémie fait bondir la dette nette de l’Ontario de 9,2 points sur deux ans, à 49,6 % du PIB au 31 mars 2022, contre environ 5 points au Québec, à 45,5 %. Pendant ce temps, celle du fédéral passera de 35 % à 55 % !

4— Le privé prévoit mieux

Enfin, quatrième bonne nouvelle : le plan financier du gouvernement se base sur des prévisions économiques prudentes, davantage que celles du secteur privé.

Québec prévoit ainsi que l’économie croîtra de 4,4 % par année au cours des cinq prochaines années (2,6 % après inflation), soit 0,5 point de moins que la moyenne des prévisions du secteur privé, de 4,9 %.

Si l’on redessinait le budget avec les prévisions moyennes du privé, le déficit de l’année 5 serait dégonflé de 30 %, soit 2 milliards.

C’est ce qui s’appelle un coussin, qui ramènerait le déficit de 6,5 milliards à 4,0 milliards à la cinquième année, ce qui rend atteignable l’équilibre budgétaire sans mesures draconiennes.

Quand le coronavirus a confiné le Québec, il y a un an, je m’attendais à pire pour les finances du Québec. Pas vous ?

1. Sigle de Prestation canadienne d’urgence