(Washington) La Banque centrale américaine a pris acte du rebond « récent » de l’activité et de l’emploi grâce à l’accélération des vaccinations, dévoilant mercredi des prévisions économiques bien meilleures que prévu pour 2021.

Julie CHABANAS et Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

Pas de quoi changer de cap en matière de politique monétaire néanmoins : la Fed a laissé mercredi ses taux inchangés, dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25 %, soulignant que la première économie du monde était loin d’être remise de la pandémie de COVID-19.

Après une reprise économique poussive à l’automne et jusqu’en janvier en raison de la résurgence de la pandémie de COVID-19, la campagne de vaccination rapide a permis de faire refluer le nombre d’infections, permettant la réouverture de nombreux commerces.

Dans les mois qui viennent, un mini boom économique est attendu grâce au plan de 1900 milliards de dollars, adopté au Congrès et signé la semaine dernière par le président Joe Biden. Depuis le week-end, 90 millions de virements et chèques ont été envoyés aux ménages, pour un montant total de 242 milliards de dollars.

Aussi la puissante Réserve fédérale (Fed) table-t-elle désormais sur une croissance de 6,5 % du Produit intérieur brut cette année avant 3,3 % en 2022.  

En décembre, elle tablait sur une hausse du PIB de 4,2 % en 2021 et de 3,2 % en 2022, mais c’était avant l’accélération de la vaccination ainsi que de l’adoption des plans de relance.

Soutien « tant que nécessaire »

Plus d’un Américain sur dix est désormais vacciné contre la COVID-19, les comptes d’épargne sont remplis, et le printemps est presque là.

Bars, restaurants, cinémas rouvrent. Les avions devraient se remplir de nouveau. Quant aux usines, elles ont mis les bouchées doubles ces derniers mois pour se préparer à répondre à une demande accrue des clients avides de consommer après une année de privations.

Sur le front de l’emploi, la Fed table sur un taux de chômage de 4,5 % cette année (contre 5 % estimé précédemment) avant de baisser à 3,9 % l’an prochain.  

« Les indicateurs mesurant l’activité économique et l’emploi ont rebondi récemment, bien que les secteurs ayant été les plus touchés par la pandémie demeurent faibles », a commenté la Fed.

Jerome Powell s’est toutefois voulu prudent soulignant que le rythme de l’économie continue de dépendre de l’évolution du virus.

La Fed répète comme en décembre qu’elle reste « engagée à utiliser toute la palette d’outils à sa disposition pour soutenir l’économie en ces temps difficiles » et « aussi longtemps que nécessaire », a souligné Jerome Powell.

« L’économie est loin des objectifs en matière d’emploi et d’inflation, et il faudra probablement un certain temps pour que de nouveaux progrès substantiels soient réalisés », a-t-il ajouté.

Données tangibles versus prévisions

Dans ses prévisions publiées mercredi, la Fed estime qu’il faudra attendre 2023 pour retrouver un taux de chômage de 3,5 %, celui enregistré en février 2020, juste avant la propagation de la pandémie aux États-Unis, le taux le plus bas en 50 ans.

La secrétaire au Trésor Janet Yellen, plus optimiste, a récemment estimé que cet objectif pourrait être atteint dès 2022.

La Banque centrale a par ailleurs révisé en hausse mercredi ses prévisions d’inflation pour les années à venir, et table désormais sur une accélération à 2,4 % en 2021, avant une stabilisation autour de 2 % dans les années suivantes.

Avec des spéculations sur un retour de l’inflation dans les prochains mois, les marchés avaient misé sur une possible hausse des taux d’intérêt pour éviter cet emballement des prix.

Mais Jerome Powell avait clairement signifié que c’était prématuré, la Fed redoutant de ralentir la reprise et donc le retour au plein emploi sur la durée, l’une des missions de la Banque centrale.

« Désormais, nous agirons une fois les données économiques sous nos yeux, pas d’après les prévisions », a-t-il réagi.

Les taux d’intérêt resteront inchangés tant que le plein emploi ne sera pas atteint sur le long terme. Ses membres sont cependant plus nombreux qu’en décembre (4 au lieu de 1) à envisager de les relever dès 2022 au lieu de 2023.

La Bourse de New York, qui avait commencé la journée nerveuse et sans direction, a fini la journée modestement dans le vert. Les rendements sur les bons du Trésor à 10 ans ont fait un peu marche arrière à 1,64 % au lieu de 1,67 % plus tôt en séance.