(Québec) Auparavant chantres de l’équilibre budgétaire, les libéraux recommandent désormais au gouvernement Legault de reporter à une date indéterminée le retour au déficit zéro.

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne

De 2020 à 2023, le Québec devrait enregistrer un déficit record de l’ordre de 15 milliards cette année, suivi d’un déficit de 8 milliards l’année suivante et 7 milliards l’année d’après.

La loi actuelle oblige le gouvernement à éliminer tout déficit d’ici 2025-2026, sans égard à l’ampleur du gouffre financier dans lequel il se trouve.

Or, en pleine pandémie, ce n’est pas réaliste, a estimé mardi en point de presse, le porte-parole libéral en économie et ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, en présentant les attentes budgétaires de l’opposition officielle.

En période de récession, « probablement la plus forte depuis la Seconde Guerre mondiale », et de pandémie mondiale, « on ne peut pas dire aujourd’hui qu’on va retourner en équilibre budgétaire en cinq ans. Ce serait irréel et ce serait même dommageable », selon lui.

Le budget 2021-2022 sera déposé par le ministre des Finances, Eric Girard, le jeudi 25 mars. À cette occasion, il est prévu qu’il fera le point sur sa vision du retour à l’équilibre budgétaire. Un report éventuel des échéances le forcerait à modifier la loi.

Sauf que selon M. Leitão, un retour forcé et précipité à l’équilibre budgétaire pourrait être « dommageable » pour l’économie du Québec, affaiblie par des faillites en série et des pertes d’emplois massives reliées à la pandémie depuis un an.

On y pensera à nouveau « quand l’économie sera en meilleur état », a considéré l’ex-ministre des Finances, en ajoutant qu’il fallait d’abord prendre connaissance du cadre financier quinquennal que doit présenter le ministre Girard la semaine prochaine avant de planifier le retour au déficit zéro.

L’opposition libérale réclame par ailleurs du ministre des Finances de profiter du budget pour doubler l’aide prévue pour les PME, mieux financer le programme de tutorat à l’école, offrir des services universels de psychothérapie et consacrer un fonds dédié au rattrapage en santé, en vue d’éliminer la longue liste d’attente en chirurgie. Quelque 140 000 chirurgies ont dû être reportées en raison de l’hospitalisation de personnes malades du virus de la COVID-19.

En plus de mesures à court terme, la cheffe de l’opposition libérale, Dominique Anglade, a réclamé pour sa part du gouvernement une véritable « vision » servant relancer l’économie québécoise au cours de la prochaine décennie.