(Washington) La pandémie mondiale de COVID-19 a plombé l’an passé les exportations des États-Unis portant le déficit commercial à son plus haut niveau depuis 2008.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

En 2020, le déficit des biens et services a atteint 678,74 milliards de dollars, soit une hausse de 17,7 % avec un déficit des biens qui s’est hissé à 915,79 milliards quand l’excédent des services s’est réduit à 237,05 milliards.

Certes la pandémie a réduit les échanges commerciaux dans les deux sens, mais les exportations ont diminué bien plus (-15,7 %) que les importations (-9,5 %) d’où un solde négatif plus important.

« Les restrictions sur les voyages ont comprimé l’excédent des services à un plus bas niveau en huit ans », a noté en particulier James Watson, économiste chez Oxford Economics.

Face à la propagation rapide dans le monde du nouveau coronavirus, l’administration Trump avait fermé les frontières américaines mettant un coup d’arrêt aux voyages à l’international.

S’agissant des échanges avec la Chine, pomme de discorde sous l’administration Trump, le ministère indique que le déficit pour les seuls biens diminue de 7,56 % en décembre et de près de 10 % sur l’année, à 310,8 milliards de dollars.  

Il n’a en revanche pas communiqué les données pour les échanges de services, ce qui ne permet pas d’avoir une comparaison exacte avec 2019 quand le déficit total avec le géant asiatique s’était élevé à 307,84 milliards.

Excédent chinois encore en hausse

De son côté, Pékin avait annoncé que l’excédent de la Chine avec les États-Unis s’était encore accru l’an dernier, ce qui était présenté comme un ultime camouflet à Donald Trump qui avait fait du rééquilibrage des échanges une priorité de sa présidence.

Selon les douanes chinoises, l’excédent commercial 2020 s’est inscrit en hausse de 7,1 % à 316,9 milliards de dollars avec les États-Unis.

L’an dernier, en pleine pandémie, la demande en produits médicaux et électroniques pour le télétravail a porté les exportations chinoises vers les États-Unis.

Mais c’est surtout dans l’autre sens que les restrictions ont pénalisé les États-Unis qui n’ont pas pu exporter autant de services vers la Chine que les années précédentes.

Avant même la pandémie, les importations de biens en provenance de ce pays avaient déjà diminué sous l’effet de l’imposition de tarifs douaniers punitifs sur une myriade de produits chinois.

Mais bien loin de réduire globalement le déficit commercial américain, cette guerre commerciale a eu pour effet de déplacer les flux commerciaux.

Impact négatif pour le Canada, pas pour le Mexique

Résultat : le déficit des biens avec le Mexique a bondi de 11,16 % sur l’ensemble de l’année, à 112,75 milliards.

En revanche, la pandémie a mis un coup d’arrêt aux échanges avec le Canada, partenaire commercial historique des États-Unis : le déficit des biens a ainsi chuté de 44 % à 14,97 milliards.

Si les biens ont continué de circuler entre les deux alliés d’Amérique du Nord pendant la pandémie, la circulation des personnes est interdite depuis des mois.

Les touristes canadiens, qui affluent habituellement notamment pendant l’hiver pour échapper au froid polaire, sont contraints de rester de l’autre côté de la frontière.  

Pour le seul mois de décembre, le déficit commercial américain a diminué de 3,5 % à 66,6 milliards avec un rebond des exportations de 3,4 % contre une hausse de 1,5 % des importations.

L’économie américaine se remet lentement du choc économique provoqué par la crise sanitaire.

« La demande mondiale qui demeure faible et les restrictions de voyage vont continuer à modérer le commerce (international) à court terme », estime James Watson.

Sursaut des exportations ?

Mais le sursaut des exportations américaines enregistrées au cours du dernier mois de l’année laisse espérer une amélioration au cours des prochains mois d’autant que l’industrie manufacturière s’accroît continuellement depuis 8 mois.

Et la campagne de vaccination bat son plein, ce qui devrait réduire à l’avenir l’absentéisme, les difficultés d’embauches ou les fermetures ponctuelles des outils de production.

« Les restrictions se sont assouplies aux États-Unis, ce qui apportera probablement un soutien supplémentaire aux importations, mais les mesures de restriction en cours en Europe pourraient peser sur la demande d’exportation à court terme », prévient Rubeela Farooqi, économiste en chef chez HFE.

Les échanges avec l’Union européenne sont restés quasi stables l’an passé, avec un déficit américain à 183,42 milliards contre 184,34 milliards un an plus tôt.