(Québec) Les libéraux pressent le gouvernement Legault d’ajuster ses tactiques pour éviter que les PME du Québec vivent une « pandémie de faillites » à la sortie de la pandémie de COVID-19.

Publié le 25 janv. 2021
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Les yeux rivés sur la relance, alors que la session parlementaire doit débuter au début février, les troupes de Dominique Anglade veulent proposer aux Québécois un new deal, explique-t-elle en entrevue avec La Presse : celui d’une économie inclusive, redistributrice de richesse, où l’État soutient les entreprises qui ont des stratégies écoresponsables et tournées vers le local.

Face au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui s’est fait élire en promettant d’augmenter les « emplois payants », les libéraux – traditionnellement vu comme le parti de l’économie – veulent se distinguer en apportant une nuance. Des emplois payants économiquement, mais aussi socialement.

« Traditionnellement, on a créé de la richesse pour mieux la distribuer. Le nouveau paradigme qui s’installe, c’est qu’il faut déjà une redistribution dans le processus de création de richesse. C’est une nouvelle manière de penser notre économie », affirme Dominique Anglade.

Plus précisément, la cheffe de l’opposition officielle veut que le Québec « arrête de simplement penser à la croissance du PIB, à la maximisation des profits et à l’intérêt des actionnaires ». Il faut « élargir la discussion » et évaluer, quand l’État investit dans l’économie, si l’entreprise a un plan pour réduire son empreinte carbone, embaucher une diversité d’employés et favoriser les chaînes d’approvisionnement locales.

Pour y arriver, la cheffe du Parti libéral a les yeux rivés sur les petites et moyennes entreprises. « C’est sûr qu’on veut éviter la pandémie des faillites », dit-elle, alors que « les PME forment le tissu économique [vital] aux régions du Québec ». Son porte-parole en la matière, Monsef Derraji, presse Québec de déployer une série de mesures, en étalant entre autres sur une période de cinq à dix ans le remboursement des prêts qui sont consentis aux PME pour faire face à la crise.

Une crise à gérer, une crise à prévenir

Le député libéral de la circonscription de Nelligan, dans l’ouest de Montréal, estime que les PME ont besoin de nouvelles mesures pour survivre à la pandémie. La situation actuelle est grave, dit M. Derraji, citant en exemple que « seulement 30 % des PME [ont] retrouvé leur chiffre d’affaires d’avant la crise [pour le moment], et que 44 % des PME [fonctionnent] avec l’ensemble du personnel d’avant crise. »

« De plus, la dette moyenne contractée en raison de la pandémie [est] d’environ 135 000 $. Ces données sont inquiétantes, surtout lorsqu’on constate que 22 % des entreprises ont dû faire des mises à pied permanentes, ou encore voyant que 37 % de ces entreprises abandonnent des projets d’investissement », écrit-il dans une lettre ouverte qu’il compte publier prochainement.

À ce sujet, M. Derraji vise le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui a laissé grandir certains angles morts au cours des derniers mois, estime-t-il. Le député libéral affirme que Québec doit dès maintenant « moduler l’aide gouvernementale en fonction de la perte du revenu et du secteur d’activité », « offrir une aide directe bonifiée aux PME en doublant le pardon admissible », et surtout, « permettre plus de flexibilité aux entreprises dans les conditions de remboursement de prêts en [étalant] sur une période de 5 à 10 ans la période de remboursement ».

« Il est évident que ces mesures auront un coût, mais je crois qu’elles sont nécessaires afin que toutes les entreprises du Québec aient un maximum de possibilités de réussir cette sortie de crise. À défaut de faire mieux que ce que le gouvernement propose actuellement, les PME du Québec tomberont aux mains d’une pandémie économique », affirme M. Derraji.