Pierre Fitzgibbon ne se fait pas prier. Deux ou trois questions suffisent pour qu’il détaille sa vision du redémarrage, au cours d’un entretien téléphonique d’une demi-heure.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

D’emblée, le ministre de l’Économie se dit optimiste quant au redressement de l’économie du Québec, qu’il envisage plutôt rapide. L’homme est toutefois lucide : certains secteurs ne peuvent envisager un retour à la normale avant 12 à 18 mois.

« On va s’en sortir. L’argent des programmes fédéraux commence à entrer, et avec les journées ensoleillées du printemps qui vont retaper le moral, ça va être très bon. On aura une reprise différée, mais je suis très confiant. On peut rapidement virer de bord le PIB », dit-il.

Celui qui se fait appeler « Fitz » depuis l’adolescence s’attend à certaines annonces positives du premier ministre François Legault la semaine prochaine. « Je ne veux rien promettre, mais M. Legault a été clair : il veut rouvrir le plus vite possible. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation

Évidemment, tout dépend de l’évolution de la pandémie au cours des prochains jours au Québec. Une forte hausse des hospitalisations, par exemple, qui serait de nature à reporter l’atteinte du fameux pic de la courbe, retarderait la relance. Et personne ne veut de deuxième vague qui rehausserait les hospitalisations au-delà de la capacité du réseau de la santé. « François Legault est le trait d’union entre la santé publique et l’économie », dit-il.

Pierre Fitzgibbon voit d’abord la reprise dans la construction résidentielle, pour des raisons sociales, puisque des logements sont promis pour le 1er juillet, et parce que leurs nouveaux propriétaires se retrouveront sans logement. Tous s’entendent, dans le milieu des affaires, sur le capharnaüm que pourrait créer un arrêt trop long.

Les lobbys patronaux pressent d’ailleurs les autorités pour un redémarrage du secteur résidentiel avant la date annoncée de réouverture des services non essentiels, le 4 mai. En Ontario, les chantiers résidentiels dont les fondations ont été coulées avant la pause sont demeurés en activité.

Mais Pierre Fitzgibbon juge aussi important de redémarrer rapidement certains chantiers non résidentiels stratégiques. Je lui suggère le chantier du Réseau express métropolitain (REM), compte tenu des énormes avantages de la situation actuelle, soit l’absence de congestion sur les routes pour les milliers d’utilisateurs habituels du train de Deux-Montagnes, qui craignaient trois ou quatre heures de déplacements par jour avec le projet du REM. Il ne veut toutefois pas commenter ce dossier spécifiquement.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Fitzgibbon voit d’abord la reprise dans la construction résidentielle, pour des raisons sociales, puisque des logements sont promis pour le 1er juillet, et parce que leurs nouveaux propriétaires se retrouveront sans logement.

Il pense aussi aux petits commerces pour un redémarrage rapide, notamment ceux qui ont des entrées indépendantes, et aux entreprises exportatrices, qui risquent de se faire ravir leur clientèle internationale – source d’entrées de fonds au Québec – advenant une fermeture trop longue.

Et bien sûr, une industrie ne peut rouvrir si son réseau d’approvisionnement reste fermé, ce qui exigerait un appel aux fabricants. Un entrepreneur ne peut finir une toiture s’il n’a pas de bardeaux. Tout est interrelié.

Pour que ces industries redémarrent, toutefois, elles devront avoir des règles sanitaires et des protocoles qui satisfont aux nouvelles normes de santé publique. Qu’il s’agisse de la fameuse distance de deux mètres, que François Legault évoque pour des mois à venir, du port du masque ou de gants, par exemple. Les entrepreneurs doivent plancher sur ces normes avant de penser rouvrir.

Dans ce contexte, les salles à manger des restaurants et les bars ne seront pas les premiers sur la liste de retour.

Une reprise pour jeunes seulement ?

Pour bien des entreprises, il s’agira d’un défi, pour d’autres, d’un sérieux frein, notamment dans le secteur du spectacle et du tourisme. Comment éviter la propagation du damné virus lors d’évènements au Centre Bell ? Lors d’une pièce de théâtre au Théâtre du Nouveau Monde ? Lors d’un festival ? Dans un avion ?

Pierre Fitzgibbon reconnaît l’enjeu et évoque une période de « 12 à 18 mois » dans certaines industries pour un retour à la normale. « Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de gens qui vont prendre un piña colada à Cancún avant longtemps », dit-il.

À moins, bien sûr, que le gouvernement adopte une stratégie de retour différente, comme l’a laissé entendre François Legault lors de sa conférence. Le gouvernement permettra-t-il des activités et des travailleurs dans divers secteurs, sachant que les décès de la COVID-19 sont à 99 % chez les 60 ans et plus ? Les jeunes pourront-ils plus rapidement retravailler, prendre l’avion et aller au Centre Bell dans un tel contexte, favorisant ainsi l’immunité de masse, pourvu qu’ils s’abstiennent de tout contact avec les personnes âgées ?

Un plan d’aide pour la culture et le tourisme

Selon le ministre Fitzgibbon, le gouvernement étudie un plan d’aide spécifique pour le secteur culturel et l’industrie du tourisme. « Il faut trouver des façons de promouvoir le tourisme québécois et donc s’assurer de la réouverture de certains secteurs », dit-il.

Quand je lui donne l’exemple de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), qui gère les parcs nationaux de la province, il répond « absolument », d’autant que les activités s’y déroulent essentiellement à l’extérieur.

Dans une deuxième phase, le gouvernement s’affairera à doper les investissements publics, par exemple dans les infrastructures et les immeubles gouvernementaux, afin de soutenir la relance et l’économie dans un contexte où le privé sera frileux. Le Plan québécois des infrastructures (PQI), par exemple, pourrait être rehaussé de 2 ou 3 milliards durant la prochaine année.

Il ne reste plus qu’à croiser les doigts et à espérer que la courbe redescende rapidement et demeure définitivement dans le tapis.