La hausse des ventes d’aliments dans les supermarchés fait exploser la demande pour les sacs en plastique servant à protéger le pain, les fruits et les légumes. Les sacs à usage unique pour transporter les emplettes connaissent eux aussi un regain de popularité, constatent deux usines québécoises qui peinent à fournir à la demande.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Ennemi public il y a seulement quelques semaines, le sac de plastique à usage unique fait un retour dans nos vies.

« Les 35 000 sacs que j’avais en inventaire se sont vendus en deux heures ! » s’exclame presque incrédule Frédéric Lessard, propriétaire d’Emballages EB.

Son usine, située à East Broughton, une petite municipalité à une heure de route au sud de Lévis, ne fabrique pratiquement plus de « sacs à bretelle », ces sacs utilisés aux caisses des supermarchés. La concurrence, notamment asiatique, est trop féroce.

En temps normal, la machine qui en produit ne fonctionne donc que 5 % du temps, précise M. Lessard. Désormais, « elle marche sur 3 shifts [totalisant 24 heures], 5 jours par semaine. J’en fabrique 30 000 par jour […] C’est un beau revirement de situation. Le plastique avait mauvaise presse ».

Emballages EB a notamment dépanné cinq supermarchés IGA de la région de Chaudière-Appalaches. « Ils avaient décidé d’arrêter le plastique. Ils étaient mal pris […] On les a vendus blancs, c’était trop à la dernière minute pour imprimer un logo », explique l’homme d’affaires.

Nouvelles procédures

IGA avait officiellement banni les sacs de plastique à usage unique dans toutes ses succursales du Québec le 19 mars, mais dans les circonstances actuelles, certains marchands préfèrent en avoir sous la main. « Il y a beaucoup de transactions. C’est une précaution comme tout change rapidement », explique la porte-parole Anne-Hélène Lavoie.

La demande pour le sac à usage unique est également accrue du fait que dans certains commerces, les clients ne peuvent plus apporter leurs sacs réutisables. C’est le cas chez Provigo et Pharmaprix « afin d’éviter à l’emballeur de manipuler un article dont il ne connaît ni la provenance ni l’état », mentionne la porte-parole Johanne Héroux. Ces détaillants ont par ailleurs éliminé les frais normalement exigés pour les sacs de plastique.

De leur côté, Metro, IGA et Costco n’emballent plus les emplettes des clients ayant des sacs réutilisables, mais il est permis d’en apporter précisent-ils.

Deux fois plus de commandes

Le sac en plastique utilisé par l’industrie agroalimentaire connaît aussi un bond spectaculaire.

« En 24 heures, les habitudes de consommation ont complètement changé. Toute la nourriture se consomme à la maison, le déjeuner, le dîner, le souper, tout. Alors la demande dans les épiceries explose. Ça crée beaucoup de demande pour les emballages », résume Amir Karim, président et chef de la direction de Polykar, le plus important fabricant de sacs et de pellicule de plastique au Québec.

L’usine de l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal, fabrique notamment des sacs pour le pain, les fruits et légumes congelés, les carottes, la laitue iceberg. Elle fait aussi de la pellicule pour protéger les aliments, comme celle qu’on retrouve autour des concombres anglais.

Son carnet de commandes est deux fois plus rempli que d’habitude, confie le dirigeant. Les clients doivent donc attendre leurs commandes quelques jours de plus qu’en temps normal. « On ne peut pas fournir… »

Comme l’usine roule déjà 24 heures par jour et 7 jours par semaine, il faut trouver des moyens d’augmenter la production. Le président fait des journées de 12 heures pour trouver des solutions avec son équipe.

Emballages EB, qui fabrique aussi des sacs pour la conservation des aliments observe le même phénomène. La demande a bondi « de 30 % à peu près ». Par contre, l’entreprise observe une baisse provenant du secteur industriel, beaucoup usines étant fermées. En somme, ça s’équilibre presque, calcule le propriétaire.

Du coté de Greenpeace Canada, on espère que les détaillants reprendront leurs bonnes habitudes pour la planète aussi tôt que possible.

« Dans l’urgence, les entreprises se sont concentrées, à juste titre, sur les moyens d’assurer la sécurité de leur clientèle et de leurs employés. Il est clair que les supermarchés ont dû s’adapter [...] Mais une fois la crise passée, le plastique restera et ces entreprises devront trouver des solutions pérennes », dit Agnès Le Rouzic, chargée de la campagne Océans & Plastique chez Greenpeace Canada