Les studios hollywoodiens et étrangers ont investi presque un milliard de dollars au Québec en 2019.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

L’an dernier, les studios étrangers ont dépensé 982 millions de dollars en tournages et en effets visuels au Québec, un nouveau record et une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente.

Les studios étrangers ont dépensé 360 millions pour tourner des films et des séries télé au Québec. Il s’agit d’une baisse par rapport aux 378 millions en 2018 et aux 383 millions en 2017. Le record absolu : 399 millions en 2002-2003.

Mais les effets visuels ont amplement compensé la baisse des tournages : les producteurs ont dépensé 622 millions de dollars pour des services d’effets visuels au Québec, une hausse annuelle de 26 %. La quasi-totalité de ces dépenses provient de producteurs étrangers.

Le Québec est l’un des cinq États les plus importants au monde dans l’industrie des effets visuels. « C’est une success-story. La production internationale est en croissance exponentielle, il y a de la demande, et toutes les grandes compagnies sont à Montréal. Je pense qu’on va réussir à maintenir ou à augmenter [le chiffre d’affaires] », dit Pierre Moreau, PDG du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), l’organisme responsable des tournages étrangers et de l’industrie des effets visuels au Québec.

L’industrie des effets visuels connaît une croissance vertigineuse au Québec, principalement dans la région de Montréal : elle est passée de 3000 à 5000 travailleurs en deux ans. De 2017 à 2019, le chiffre d’affaires des entreprises québécoises a plus que doublé, passant de 262 millions en 2017 à 622 millions en 2019, selon les chiffres du BCTQ. 

Seul bémol : il manque de main-d’œuvre qualifiée malgré un salaire médian de 73 000 $ par an. « On ne produit pas suffisamment [de travailleurs qualifiés], dit Pierre Moreau. La croissance va passer à travers l’immigration et les programmes de formation [avec les universités]. »

Les producteurs étrangers reçoivent un crédit d’impôt provincial de 20 % pour les tournages de films ou de séries télé étrangères, et un crédit d’impôt provincial de 36 % pour leurs dépenses en effets visuels effectuées au Québec.

En 2019, le gouvernement du Québec a donc déboursé environ 72 millions en crédits d’impôt pour les tournages (dépenses de 360 millions X 20 %) et environ 224 millions en crédits d’impôt pour les effets visuels (dépenses de 622 millions X 36 %).

Optimisme pour les tournages en 2020

Le recul des tournages étrangers en 2019 n’inquiète pas le BCTQ.

À 360 millions, « on est loin de la catastrophe appréhendée [en début d’année] », dit Pierre Moreau. En fait, presque aucun tournage étranger n’est venu au Québec de janvier à mai 2019. On craignait alors de passer sous la barre des 300 millions. Puis les films (Spinning Gold, Fatherhood) et les séries télé (Barkskins, The Bold Type, Blood and Treasure, Future Man) se sont succédé.

En 2020, le BCTQ a bon espoir de battre un nouveau record (400 millions) de tournages étrangers.

Nous pensons que 2020 sera la meilleure année de tous les temps, et nous partons rarement avec un tel optimisme.

Pierre Moreau, PDG du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec

Le BCTQ a notamment deux raisons d’être optimiste. Premièrement, le Québec accueillera pour la première fois en deux ans une superproduction hollywoodienne (plus de 100 millions) : Moonfall, le prochain film de science-fiction du réalisateur Roland Emmerich (Midway, Independence Day). Ensuite, le début de l’année 2020 est beaucoup plus occupé qu’en 2019 : il y a déjà six projets (dont les séries The Bold Type et Blood and Treasure) confirmés pour des dépenses de 185 millions. On doit notamment tourner au Québec le « remake » du film américain Home Alone (Maman, j’ai raté l’avion) pour Disney+. Vingt-deux autres projets potentiels sont à l’étude pour 2020.

D’ici deux à cinq ans, le BCTQ aimerait accueillir pour 500 millions par année en tournages étrangers. Il suggère notamment à Québec de modifier son crédit d’impôt régional, mal adapté à la réalité des producteurs étrangers. Avec un nouveau crédit d’impôt régional (comme celui des autres provinces canadiennes), le BCTQ estime pouvoir aller chercher 80 millions de plus par an en tournages dans les régions du Québec.