La magie de Noël fait son œuvre plus tôt cette année. Les quincailleries, déjà prises d’assaut par les consommateurs souhaitant acheter guirlandes lumineuses et couronnes, prédisent que ces ventes exceptionnellement élevées entraîneront des ruptures de stock dès le début de décembre. Une situation hors du commun, confirment les marchands interrogés.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

« Habituellement, les semaines d’octobre et de novembre, ça commence tranquillement. Présentement, on fait des ventes comme si on était fin novembre, début décembre », dit Michel St-Jean, directeur général de Patrick Morin, qui compte 21 centres de rénovation. « On enregistre entre deux et trois fois plus de ventes par jour d’accessoires de Noël qu’à la même période l’an dernier. »

Même son de cloche du côté du Groupe BMR, où Julie Crevier, directrice des communications, fait état d’un « fort intérêt et d’une demande prématurée cette année dans [la] catégorie des produits de Noël ».

Dans certains magasins, on note même une hausse allant jusqu’à 150 % par rapport aux ventes de l’année dernière.

Julie Crevier, directrice des communications du Groupe BMR

Les personnages et les petites maisons destinés aux villages, certains styles de guirlandes lumineuses, de sapins et de couronnes comptent parmi les articles des Fêtes les plus populaires. « J’ai l’impression qu’on va avoir des quartiers très féériques », lance en riant M. St-Jean.

« Les gens vont être plus à la maison. Ils veulent décorer plus tôt, ils ont le temps de le faire. Ils préparent un environnement plus festif peut-être pour [contrer] la déprime », avance-t-il afin d’expliquer un tel engouement.

Se rendra-t-on à Noël ?

Richard Darveau, président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction, soutient que les membres avec qui il s’est entretenu au cours de la dernière semaine ont tous relevé cette tendance.

« On a encore cette situation exceptionnelle : les gens veulent plus, et notre monde [les quincailliers] offre moins », souligne-t-il toutefois, en rappelant que la plupart des articles de Noël arrivent de l’Asie. « Les pays ont quand même été ralentis par la pandémie en ce qui concerne leur capacité de production. Une partie de leurs usines fabriquent maintenant des articles visant à respecter les mesures sanitaires. Ce qui fait qu’on se retrouve une fois de plus avec des gens qui veulent des choses qu’on n’a peut-être pas en quantité suffisante. »

Pareille situation s’était produite l’été dernier alors que les marchands avaient connu une pénurie de briquettes et de lampes chauffantes pour l’extérieur en raison de problèmes d’approvisionnement.

Rappelons également que les quincailliers ont commandé leur marchandise de Noël entre janvier et mars, donc avant que la pandémie n’atteigne le pays. « La quantité qu’on a, c’est selon nos attentes de ventes normales », explique Michel St-Jean.

Résultat : certaines quincailleries pourraient manquer de guirlandes ou de boules quelques semaines avant Noël.

Je ne veux pas inquiéter les clients, mais je dirais que ceux qui ne s’y prennent pas d’avance n’auront plus le même choix en décembre, et [il y aura] moins de liquidations.

Michel St-Jean, directeur général des centres de rénovation Patrick Morin

Benoît Forget, directeur général du magasin RONA Forget à Mont-Tremblant, s’attend lui aussi à ce que sa section de Noël soit rapidement dégarnie. Il voit toutefois cette situation d’un bon œil. « On voit ça de façon positive, dit-il. On va vendre tout notre stock et on ne restera pas pris avec de l’inventaire à la fin de la saison. »

Produits locaux

Par ailleurs, les ruptures de stock vécues l’été dernier et cette possible pénurie de décorations de Noël relancent tout le débat sur l’importance « d’aller chercher plus d’offres locales pour être moins dépendant des délais et des fluctuations de prix », soutient Richard Darveau.

« On doit revoir nos affaires, ajoute-t-il. Quand c’est fait ici, disons-le, et quand ce n’est pas fait ici, trouvons des gens qui pourraient nous approvisionner ici. »

On commence à faire des changements. On va avoir une offre beaucoup plus locale.

Michel St-Jean, directeur général des centres de rénovation Patrick Morin

Il indique que près de 90 % de ses fournisseurs sont canadiens et que 70 % de ses articles proviennent du pays.

L’été prochain, il compte offrir des ensembles pour patio fabriqués ici ainsi qu’une gamme de foyers. « Oui, il y a encore de la place pour élargir l’offre de produits d’ici. »

Et Richard Darveau insiste : les clients doivent eux aussi demander des articles locaux. « Tu demandes des produits locaux à ton épicier, mais tu n’en demandes pas à ta quincaillerie », déplore-t-il.