(Québec) Le gouvernement Legault mise sur un plan de relance de l’économie de 1,5 milliard de dollars en trois ans, mais aussi sur Ottawa, pour l’aider à sortir du trou budgétaire, alors que le déficit sera de 15 milliards cette année, de 8,3 et de 7 milliards pour les deux suivantes respectivement.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Dans sa mise à jour budgétaire présentée jeudi, Québec calcule que son « déficit structurel à résorber » se situe entre 5,5 et 7 milliards de dollars, mais il donne bien peu de détails sur la stratégie pour s’en libérer. En raison des « incertitudes » causées par la pandémie, le ministre des Finances Eric Girard présente « exceptionnellement » un cadre financier sur trois ans seulement, au lieu de cinq.

Il veut « un retour à l’équilibre budgétaire responsable en cinq ans ». « Sans couper dans les services et sans augmenter les taxes et les impôts », indique-t-il. Il entend limiter la croissance des dépenses, souhaite « un financement fédéral des soins de santé accru » et compte sur « un accroissement du potentiel économique du Québec ».

Ainsi, la mise à jour du ministre des Finances Éric Girard prévoit des investissements de 1,5 milliard pour relancer l’économie. Ils se déclinent de plusieurs façons.

Formation de la main d’œuvre

Une part de 459 millions est consacrée à la formation de la main-d’œuvre et la réintégration en emploi de Québécois qui ont perdu leur boulot. Québec entend les requalifier dans des « secteurs stratégiques », la santé, la construction, les technologies de l’information et le cinéma.

Quelque 477 millions sont injectés pour « stimuler la croissance économique ». Québec va entre autres mener « une offensive pour la numérisation des entreprises », afin d’encourager les investissements privés.

Trois cents millions sont ajoutés à l’enveloppe qui était prévue au Plan pour une économie verte et qui passe maintenant à 6,7 milliards. Ce plan sera dévoilé lundi, mais La Presse en a déjà fait état au cours des derniers mois.

Quelque 247 millions, toujours en trois ans, visent à encourager la production québécoise et l’achat local. On parle d’accroître l’autonomie alimentaire et d’appuyer l’industrie serricole. Québec veut développer des chaînes d’approvisionnement locales. Cinquante millions sont consacrés à la relance des centres-ville.

Par ailleurs, la mise à jour prévoit 57 millions pour les écoles, surtout destinés à l’enseignement à distance. « Ces sommes permettront à quelque 240 000 jeunes des 3e, 4e et 5e années du secondaire de bénéficier d’un enseignement sur place et à distance, et ce, pour pallier le manque d’espace et de personnel enseignant. Les équipements requis seront déployés dans près de 10 000 classes au secondaire ainsi que dans une classe par école primaire pour permettre aux plus jeunes de vivre une expérience semblable. Par ailleurs, ces investissements permettront notamment aux élèves d’avoir accès à des conférenciers, à des cours spécialisés et à de la formation plus facilement, et ce, peu importe leur milieu social ou leur emplacement géographique », indique la mise à jour.

Eric Girard ajoute 60 millions pour aider le secteur touristique, durement touché par la pandémie. Sa mise à jour prévoit un ajout de 10 millions pour bonifier les enveloppes discrétionnaires des députés, enveloppes servant à « soutenir l’action bénévole », dans les organismes communautaires.

La mise à jour budgétaire prévoit d’autres mesures qui ont été présentées au cours des derniers jours — comme les 100 millions pour la santé mentale et les 50 millions pour les services de garde.

Pas encore de plan précis pour sortir du rouge

Dans sa mise à jour, Québec présente des perspectives budgétaires jusqu’en 2022-2023. Il ne présente pas le chemin pour sortir du rouge ; ce sera fait dans le prochain budget.

Pour cette année, le déficit atteint 15 milliards de dollars et le gouvernement utilise toute la provision de quatre milliards qu’il avait prévue en juin. Les revenus autonomes ont chuté de trois milliards par rapport à l’an dernier (-3,6 %), mais les transferts fédéraux ont bondi de 20 % en raison de l’aide d’Ottawa pour la pandémie. Les revenus ont ainsi augmenté globalement de 1,5 %. Les dépenses ont toutefois explosé de 13,1 % en raison surtout des mesures prises pour faire face à la COVID-19 dans le secteur de la santé, comme les primes aux travailleurs et l’achat d’équipements. Le PIB réel chutera de 6 % cette année (au lieu de 6,5 % comme on le prévoyait en juin). Mais il augmentera de 5 % l’an prochain, alors que le gouvernement espérait un rebond plus important, de 6 %.

Les dépenses diminueront de 4,1 % en 2021-2022 par rapport au niveau exceptionnel de cette année, puis augmenteront de 3 % en 2022-2023. Québec croit que ses revenus totaux vont croître de 2 % l’an prochain puis de 2,8 % l’année suivante. Les déficits seront alors respectivement de 8,25 et 7 milliards (après les versements d’autour de trois milliards par année au Fonds des générations qui sont maintenus). Cela comprend des provisions pour éventualités de 3 milliards et d’un milliard respectivement.

Fait à noter, les pertes estimées sur investissements dans la CSeries passent de 600 millions à un milliard de dollars.