Avec la crise qui se prolonge, plusieurs compagnies aériennes à travers le monde pourraient ne pas passer l’hiver. Le vaccin se fait attendre, les frontières restent fermées et il faudra un certain temps avant que les voyageurs reviennent en masse.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

En attendant, il faut payer les factures. Les transporteurs aériens ont sabré des vols, mis à pied des employés et réduit leurs coûts autant que faire se peut. Mais même en mode survie, le secteur aérien risque d’être englouti par les coûts fixes qu’il doit soutenir. Il faut payer les avions, le carburant des appareils qui volent à vide, les frais aéroportuaires, les assurances, etc.

L’Association internationale du transport aérien (IATA), qui défend les intérêts des compagnies aériennes, estime qu’au rythme auquel l’argent sort actuellement, les coffres de la moitié des transporteurs seront vides dans quelques mois…

Au début de la crise, les gouvernements qui ont les moyens ont été généreux avec les compagnies aériennes. L’exception est jusqu’ici le Canada, qui a plutôt choisi d’aider les employés avec ses programmes d’urgence.

Mais il semble bien que les milliards distribués aux compagnies aériennes ne seront pas suffisants pour leur permettre de passer à travers les prochains mois.

Les États-Unis, la France, le Japon et l’Allemagne sont parmi les pays qui n’ont pas hésité à renflouer les coffres des transporteurs. Lufthansa a reçu 9 milliards d’euros du gouvernement allemand. Aux États-Unis, Delta, United et American Airlines, après avoir reçu une aide de 25 milliards, attendent impatiemment le deuxième plan de sauvetage du gouvernement fédéral, actuellement empêtré dans la tempête électorale.

En Italie, le gouvernement a carrément nationalisé son transporteur Alitalia pour éviter sa disparition. En Asie et en Amérique latine, là où les gouvernements n’ont pas les moyens d’aller à leur secours, plusieurs compagnies aériennes sont en faillite.

C’est intéressant d’observer que les pays qui ont été les plus généreux, comme les États-Unis, la France et l’Allemagne, sont aussi ceux qui ont sur leur territoire les constructeurs d’avions (Boeing et Airbus), qui risquent également de souffrir des difficultés des transporteurs.

Avec une deuxième vague de l’épidémie qui déferle sur le monde, le bilan des compagnies aériennes va continuer de se détériorer. Déjà, les chiffres sont affolants. Les principaux transporteurs aux États-Unis et en Europe rapportent des pertes de 110 milliards depuis le début de l’année. Les capitalisations boursières des entreprises sont en chute libre.

Rester à bord

Ça va mal, c’est vrai. Mais faut-il aider encore les transporteurs aériens à coups de milliards d’argent public ? La question se pose parce que ça coûte cher et que les résultats ne sont pas garantis, du moins du point de vue de ceux qui vont payer.

Avant la pandémie, les transporteurs aériens internationaux vivaient sur l’or depuis plusieurs années. Entre 2015 et 2019, la plupart des grands transporteurs ont engrangé des profits records. Qu’ont-ils fait avec ?

Ont-ils amélioré le service à la clientèle ? Les voyageurs pourraient penser le contraire en constatant que des frais de toutes sortes (bagages, enregistrement, choix de siège) sont apparus et que des services aussi basiques que les repas en vol ont été tarifés, quand ils n’ont pas tout simplement disparu.

Aux États-Unis, les entreprises ont consacré beaucoup d’argent à racheter leurs actions, pour en faire monter le cours. Leurs dirigeants, dont la rémunération est en partie basée sur la valeur du titre, sont passés à la caisse.

En Europe, l’industrie s’est lancée dans une concurrence suicidaire lancée par les transporteurs à bas coût, sans trop penser aux conséquences de ce nivellement par le bas.

Avant d’ouvrir encore les vannes pour les transporteurs, les gouvernements veulent s’assurer que l’aide publique ne profitera pas seulement aux actionnaires des entreprises.

Plusieurs pays ont assorti leur soutien au respect de conditions : pas d’octroi d’options d’achat d’actions pour les dirigeants, élimination des dividendes, aucun rachat d’actions sur le marché. Le gouvernement canadien a pour sa part annoncé dimanche que toute nouvelle aide financière devra être précédée du remboursement des billets payés d’avance pour des voyages qui ont été annulés.

Dans certains cas, comme en Allemagne, l’État est entré au capital-actions du transporteur. L’aide devra être aussi remboursée, et les dirigeants de Lufthansa se sont d’ailleurs engagés à la remettre jusqu’au dernier centime.

Si le transport aérien est un service essentiel, il faudrait aussi s’assurer que les liaisons moins rentables soient maintenues quand la situation sera revenue à la normale.

Plus le temps passe, plus la pression s’accroît sur le gouvernement canadien pour qu’il aide le secteur aérien. Contrairement à beaucoup d’entreprises qui ne survivront pas à la pandémie, l’industrie aérienne ne disparaîtra pas. Un jour, les frontières rouvriront et les voyageurs rempliront de nouveau les avions. Il ne faut pas oublier ça.