(Ottawa) Près du quart des chômeurs du Canada sont sans emploi depuis six mois ou plus, et Statistique Canada a signalé une augmentation de leur nombre en octobre, même si l’économie a pu dégager une croissance pour le marché du travail dans son ensemble.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Près de 450 000 Canadiens étaient considérés comme des chômeurs de longue durée le mois dernier, ce qui signifie qu’ils étaient sans emploi depuis 27 semaines ou plus. Leurs rangs ont grossi de 79 000 en septembre, puis de 151 000 en octobre.

Les chômeurs de longue durée représentent maintenant 24,8 % des Canadiens sans emploi, qui étaient 1,8 million en octobre, alors que la vague de mises à pied de courte durée en mars et en avril s’est répercutée sur l’automne.

Les gains de septembre et d’octobre sont les plus prononcés sur plus de 40 ans de données comparables, et ils ont fait grimper le chômage de longue durée au-delà de son niveau d’il y a un peu plus de dix ans, pendant la crise financière mondiale.

Plus d’hommes que de femmes ont été sans emploi pendant une période prolongée, et les jeunes travailleurs représentaient une part plus importante des chômeurs de longue durée du pays que lors de la dernière récession.

« Comme la pandémie persiste et que les secteurs vulnérables comme les services alimentaires continuent d’éprouver des difficultés, il sera vraiment difficile de revenir à la normale », a observé Brendon Bernard, économiste du site d’affichage d’emplois Indeed.

« Et entre-temps, cela se traduira assurément par des difficultés pour les personnes qui ont travaillé dans les secteurs de l’économie gravement touchés. »

Plus ces personnes seront sans emploi depuis longtemps, plus il leur sera difficile de trouver un nouvel emploi. Et pour ceux qui le font, la recherche a montré une baisse de revenus, car ils se contentaient de moins bons emplois qu’avant.

Certains travailleurs âgés peuvent simplement décider de prendre leur retraite. Les jeunes travailleurs à faible salaire des secteurs des services, durement touchés, devront trouver un nouvel emploi alors que toute la main-d’œuvre est soumise à un remaniement qui pourrait s’étirer sur des années.

Selon la directrice principale des stratégies de main-d’œuvre de la Chambre de commerce du Canada, Leah Nord, les chiffres montrent que les gouvernements doivent déployer des programmes de formation professionnelle « importants » pour les travailleurs touchés qui se tournent vers de nouvelles carrières.

Ralentissement de la croissance

La cadence de la croissance de l’emploi a ralenti en octobre, alors que l’économie a créé 83 600 emplois au cours du mois, comparativement à 378 000 en septembre, a indiqué vendredi Statistique Canada. Ces gains marquaient un sixième mois consécutif de gains, après la perte de trois millions d’emplois en mars et avril, lorsque la pandémie a frappé au Canada pour la première fois.

Le taux de chômage a peu varié, s’établissant à 8,9 %, alors qu’il était de 9,0 % en septembre.

Les gains d’ensemble ont été les plus faibles depuis que les économies ont été autorisées à rouvrir après les confinements, a noté Sri Thanabalasingam, économiste principal à la Banque TD.

La création d’emplois a été constatée dans plusieurs secteurs, y compris celui du commerce de détail.

La plupart des gains étaient également des emplois à temps plein, et le taux de chômage des femmes du principal groupe d’âge actif ayant diminué à 6,6 % — le plus faible parmi les principaux groupes démographiques suivis par Statistique Canada.

Mais ces gains ont été en partie contrebalancés par une baisse de 48 000 emplois dans l’industrie des services d’hébergement et de restauration, principalement au Québec, selon Statistique Canada.

De plus en plus de Canadiens travaillaient à domicile en octobre, ce qui a coïncidé avec une augmentation du nombre de cas de COVID-19.

Selon l’économiste Royce Mendes, de la Banque CIBC, le fait que l’économie ait enregistré un autre gain en octobre était une bonne nouvelle.

« Il semble que les chiffres de l’emploi sont voués à certaines fluctuations au cours des prochains mois d’automne et d’hiver, alors que les gouvernements ajustent l’activité pour tenter de contenir le virus », a-t-il écrit dans une note.

Selon Statistique Canada, le taux de chômage aurait été de 11,3 % en octobre si l’agence avait inclus dans les calculs les 540 000 Canadiens qui voulaient travailler le mois dernier, mais qui n’ont pas cherché d’emploi.

Situation presque inchangée au Québec

Après avoir progressé pendant cinq mois consécutifs, l’emploi a peu varié au Québec en octobre, et le taux de chômage dans la province a légèrement augmenté de 0,3 point de pourcentage pour atteindre 7,7 %.

Le nombre d’emplois a augmenté de 900 en octobre à l’Île-du-Prince-Édouard, la seule province des Maritimes à avoir affiché une croissance, tandis que le taux de chômage y est resté essentiellement inchangé, s’établissant à 10 %.

En Nouvelle-Écosse, le taux de chômage est passé de 7,9 % en septembre à 8,7 % en octobre, mais pendant la même période, il a diminué de 10,4 % à 10,1 % au Nouveau-Brunswick.

Outre l’Île-du-Prince-Édouard, l’emploi a progressé dans quatre autres provinces en octobre, soit en Ontario, en Colombie-Britannique, en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador, a précisé Statistique Canada.