Le déficit du gouvernement fédéral atteindrait déjà au moins 416 milliards en 2020-2021, selon nos estimations à partir de données publiques.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Ce chiffre est très conservateur : il comprend les dépenses des principaux programmes annoncés jusqu’ici et il ne tient pas compte des revenus perdus s’il faut reconfiner et fermer partiellement l’économie une deuxième fois cet automne.

Cet automne, le gouvernement Trudeau présentera une mise à jour économique avec un plan de relance bonifié pour l’économie canadienne. Selon le professeur Luc Godbout, ce nouveau plan d’aide pourrait être de l’ordre d’environ 80 milliards sur deux ans, si on se fie aux interventions passées du gouvernement Trudeau. Selon cette hypothèse (le gouvernement n’ayant pas annoncé ses intentions), Ottawa pourrait ajouter environ 29 milliards à son déficit en 2020-2021 et dépenserait le reste (51 milliards) en 2021-2022.

Il est toutefois très difficile de prédire l’avenir des finances publiques actuellement avec l’incertitude qui entoure à la fois la situation sanitaire et l’état de l’économie. « Un plan de relance est probable, et c’est clair que certains secteurs de l’économie vont devoir en bénéficier », dit le professeur Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

« Pour une économie de 2000 milliards par année et compte tenu du creux économique qu’on vient de vivre, on peut s’attendre à ce que le gouvernement envisage un nouveau plan de relance. À la fin, on devrait arriver à un déficit d’environ 450 milliards [en 2020-2021] », dit Robert Asselin, vice-président des politiques publiques du Conseil canadien des affaires et ex-conseiller économique du gouvernement Trudeau. M. Asselin estime qu’Ottawa doit se donner un objectif clair en matière de déficit budgétaire.

Environ 80 milliards de plus pour une deuxième vague ?

Ce qui pourrait coûter particulièrement cher au Trésor fédéral est une deuxième vague de COVID-19 qui forcerait une fermeture partielle de l’économie comme ce fut le cas au printemps dernier. Ottawa a vu ses revenus fiscaux plonger d’environ 80 milliards de dollars après le Grand Confinement.

Peu importe l’ampleur de la fermeture de l’économie lors d’une deuxième vague, Ottawa aura un déficit beaucoup plus élevé que son dernier chiffre officiel de 343 milliards dévoilé dans le portrait économique de juillet.

Le plus important déficit de l’histoire du Canada ?

Si une nouvelle fermeture partielle de l’économie survenait, le gouvernement fédéral afficherait probablement le plus important déficit budgétaire de l’histoire du pays. Le déficit fédéral le plus élevé a été enregistré au milieu de la Seconde Guerre mondiale, en 1942-1943, alors qu’il a atteint 22 % du produit intérieur brut (PIB).

Actuellement, avec un déficit de 416 milliards en 2020-2021, Ottawa aurait un déficit équivalant à 19 % du PIB canadien. Un déficit de 525 milliards équivaudrait à 24 % du PIB.

La situation de la dette est différente. Avec un déficit de 416 milliards, la dette fédérale équivaudrait à 52 % du PIB. Cette proportion pourrait augmenter jusqu’à 56 % du PIB advenant un déficit de 525 milliards en 2020-2021. Il faut remonter jusqu’en 1998 pour avoir un tel niveau de dette, mais il ne s’agirait pas d’un record : la dette fédérale a atteint 67 % du PIB en 1995 et 106 % du PIB durant la Seconde Guerre mondiale.

Comment arrive-t-on à un déficit de 416 milliards (ou 525 milliards…) ?

Le déficit d’Ottawa pour 2020-2021, tel que prévu en juillet, serait de 343 milliards de dollars. Ce chiffre comprend un déficit de 25 milliards déjà prévu avant la pandémie, 81 milliards en revenus perdus à cause du ralentissement économique créé par la COVID-19 et des dépenses supplémentaires de 237 milliards en raison de la COVID-19 (Prestation canadienne d’urgence (PCU), subvention salariale, transferts aux provinces, etc.).

Ajoutons à cela le coût de la subvention salariale pour la période de janvier à mars 2021 (27 milliards) et le coût de la réforme de l’assurance-emploi et des prestations de relance pour remplacer la PCU (46 milliards), et on en arrive alors à un déficit de 416 milliards pour l’année 2020-2021.

Ce chiffre ne comprend pas plusieurs dépenses promises dans le dernier discours du Trône du gouvernement Trudeau, notamment une nouvelle aide financière aux industries les plus touchées et aux entreprises qui pourraient devoir fermer en raison de la pandémie. Cette hypothèse d’un nouveau de plan de relance pourrait ajouter quelque 29 milliards au déficit, pour un total de 445 milliards.

Si la situation sanitaire obligeait une nouvelle fermeture partielle de l’économie, Ottawa pourrait voir une nouvelle baisse de 80 milliards de ses revenus comme ce fut le cas au printemps dernier. Le déficit pourrait alors atteindre 525 milliards.