(Ottawa) La Banque du Canada a cherché mercredi à tempérer l’enthousiasme lié à une reprise économique plus rapide que prévu après le confinement de la pandémie de COVID-19, soulignant des tendances inquiétantes qui indiquent que tout n’est pas réglé.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Dans un communiqué publié mercredi, le conseil de direction de la banque centrale a observé que la reprise de l’activité au troisième trimestre semble être plus rapide qu’elle ne l’avait prévu en juillet, les provinces ayant continué à rouvrir leur économie au cours de l’été.

L’activité de consommation des ménages a augmenté avec le rattrapage des dépenses reportées lors des mois précédents — certains ménages, même s’ils avaient de l’argent, n’étaient pas en mesure de le dépenser puisque la plupart des entreprises étaient fermées.

Les programmes gouvernementaux de remplacement du revenu et de subvention des salaires ont également soutenu l’activité économique, a fait valoir le communiqué.

Mais la banque a également noté que certains éléments semblaient annoncer une récupération lente et en dents de scie.

La reprise de l’emploi a été inégale, en particulier pour les mères de jeunes enfants, les minorités visibles, les étudiants et les travailleurs à bas salaire. Le prix de l’énergie reste faible. Les exportations ont augmenté parallèlement à la demande étrangère, mais restent en deçà de leurs niveaux d’avant la pandémie, a précisé la banque, tandis que la confiance et les investissements des entreprises restent modérés.

« Bien que les récentes données recueillies pendant la phase de réouverture soient encourageantes, la Banque s’attend toujours à une récupération lente et en dents de scie, l’économie subissant les effets de l’incertitude et de défis structurels », indique le communiqué.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, doit parler jeudi à la Chambre de commerce du Canada au sujet des effets inégaux de la pandémie de COVID-19 sur différents secteurs et groupes de personnes.

Taux directeur maintenu à sa valeur plancher

Une chose reste certaine : le taux d’intérêt directeur de la banque centrale, qui a été maintenu mercredi à 0,25 %, restera à sa valeur plancher pour un bon moment.

Le taux directeur a été abaissé de toute urgence en mars, lorsque les confinements de la COVID-19 ont plongé l’économie dans la crise et poussé l’inflation sous sa cible de 2,0 %. Il n’a pas bougé depuis.

L’inflation est près de zéro, tirée vers le bas par le plongeon des prix de l’essence et la baisse des dépenses de voyage.

La banque a souligné que l’inflation resterait en dessous de sa cible de 2,0 % « à court terme », ce qui signifie que le taux directeur restera à son niveau actuel jusqu’à ce que les capacités excédentaires de l’économie se résorbent et que la cible d’inflation soit « atteinte de manière durable ».

« C’est une situation qui, selon nous, ne se matérialisera que dans les années à venir », a écrit Royce Mendes, économiste principal pour la Banque CIBC, dans une note.

Dans son communiqué, la Banque du Canada a réitéré qu’elle était prête à faire tout ce qui est nécessaire pour aider l’économie à se remettre de la crise de la COVID-19, notamment en poursuivant son programme d’assouplissement quantitatif, qui prévoit des achats à grande échelle d’obligations du gouvernement du Canada, à raison d’au moins 5 milliards par semaine.

Des experts ont souligné le choix des mots de la banque centrale au sujet de ses efforts d’assouplissement quantitatif, ces mesures qui permettent aux banques centrales d’injecter de l’argent dans l’économie pour encourager les prêts et l’investissement.

Le communiqué de la banque indique que ses efforts à ce chapitre seront ajustés pour fournir le soutien monétaire nécessaire pour aider l’économie à se redresser et ramener l’inflation à sa cible.

« Il est clair que la route vers une reprise complète et une réduction de l’écart de production sera très longue », a écrit Benjamin Reitzes, directeur des taux canadiens et stratège macroéconomique à la Banque de Montréal, précisant que cela prendrait probablement des années.

La Banque du Canada présentera une analyse plus détaillée de ses prévisions à long terme pour l’économie nationale lorsqu’elle mettra à jour ses perspectives de politique monétaire plus tard le mois prochain.