Le taux de chômage est redescendu sous la barre des 10 % au Québec en juillet, mais la récupération des emplois a ralenti considérablement et continuera de ralentir, selon les experts.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’économie québécoise a maintenant retrouvé 70,2 % des emplois perdus en mars et en avril, selon Statistique Canada. Il y a donc encore 244 500 emplois de moins qu’avant la crise du coronavirus.

« Il faudra du temps pour revenir au plein emploi, prévient le ministre des Finances du Québec, Eric Girard. À la fin de l’année, il y aura des gens qui n’auront pas retrouvé leur emploi », a-t-il dit lors d’un entretien avec La Presse.

En juillet, le taux de chômage du Québec a reculé pour le troisième mois de suite, pour s’établir à 9,5 %. Le ministre s’attend à ce que le taux de chômage se maintienne autour de 9 % d’ici la fin de l’année, parce que l’activité mettra du temps à reprendre dans certains secteurs, comme l’aviation et l’hébergement et la restauration.

« Il faudra aider ces gens-là à acquérir d’autres compétences », a-t-il dit, en citant l’exemple d’un ingénieur en aéronautique qui pourrait se convertir au génie civil ou d’un employé dans la restauration qui deviendrait préposé aux bénéficiaires dans un hôpital.

Des emplois à temps partiel

L’emploi a augmenté de 2,4 % en juillet au Québec. Ces 98 000 emplois de plus étaient des emplois à temps partiel, ce qui reflète la réouverture des commerces à horaire réduit ou à capacités réduites.

L’enquête de Statistique Canada couvre la période du 12 au 18 juillet, quand les restaurants et les bars de la région de Montréal avaient le feu vert pour reprendre leurs activités et que le retour des employés de bureau était autorisé.

Le taux de chômage à Montréal est passé de 12,3 % en juin à 11,7 % en juillet. En moyenne mobile sur une période de trois mois, le taux de chômage passe de 15,1 % à 13 %.

La majorité des emplois créés le mois dernier au Canada étaient aussi des emplois à temps partiel, dans le secteur privé et presque tous dans le secteur de services. Signe que la reprise du marché du travail ralentit, le nombre total de nouveaux emplois était de 419 000 en juillet, la moitié du nombre enregistré en juin (953 000).

L’emploi a progressé dans toutes les provinces, sauf au Nouveau-Brunswick. Au cours des trois derniers mois, le Canada a récupéré environ la moitié des 3 millions d’emplois perdus en mars et en avril. Le taux de chômage s’est établi à 10,9 %, alors qu’il était de 5,6 % en février.

Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint de la Banque Nationale, souligne qu’un grand nombre de travailleurs ont retrouvé leur emploi, mais ne travaillent pas à temps plein, soit à cause des mesures de distanciation physique, soit à cause des horaires réduits.

« Le nombre total d’heures travaillées se situe encore à 11,1 % sous le pic de février », explique-t-il.

Selon lui, le marché du travail récupérera des emplois quelques mois encore, à un rythme de moins en moins rapide, avant de se stabiliser. Le taux de chômage devrait rester longtemps entre 8 et 9 %, estime-t-il.

Ce ne sera pas une reprise [vitesse grand] V, mais plutôt en Swoosh, comme le signe de Nike.

Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint de la Banque Nationale

Le portrait de l’emploi en juillet est considéré comme « encourageant » par l’économiste de Desjardins Joëlle Noreau, qui prévoit d’autres gains à venir avec la phase 3 du déconfinement en Ontario.

« La bonne nouvelle, c’est que le nombre de cas d’infection au Canada est bas actuellement et que le pays ne fait pas face la nécessité immédiate de réduire certaines activités », a de son côté souligné l’économiste senior de la CIBC, Royce Mendes, dans un commentaire écrit.

PHOTO CHIP SOMODEVILLA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un total de 1,8 million d’emplois s’est créé au mois de juillet aux États-Unis.

États-Unis : l’emploi souffre de la COVID-19

Après avoir retrouvé un nombre record de 4,8 millions d’emplois au mois de juin, l’économie américaine a dû se contenter de 1,8 million d’emplois supplémentaires en juillet. L’augmentation du nombre de cas de COVID-19 dans certains États a forcé la fermeture de nombreuses entreprises, ce qui explique ce ralentissement du marché de l’emploi. Le taux de chômage a reculé de 11,1 % à 10,2 % en juillet. Selon le département du Travail, l’économie des États-Unis a récupéré 42 % des emplois perdus en mars et en avril. Des millions d’Américains sont toujours au chômage et attendent une aide supplémentaire du gouvernement pour remplacer la prestation spéciale – 600 $US par semaine – qui a pris fin le 31 juillet. Le taux de chômage américain est passé de 3,5 % en février à un sommet de 14,7 % en avril, avant de redescendre à 10,2 % en juillet. La plupart des économistes s’attendent à ce que le taux de chômage reste élevé pour encore des mois, au moins jusqu’à l’élection présidentielle de novembre.