(Washington) L’économie américaine a redémarré plus tôt que prévu, mais elle a encore besoin du soutien de l’État pour accélérer sa reprise face à une pandémie qui n’en finit plus : c’est en substance le message du président de la Banque centrale adressé mardi aux législateurs.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

« Nous sommes entrés dans une nouvelle phase importante et nous l’avons fait plus tôt que prévu », a constaté Jerome Powell, masque couvrant le visage, au cours d’une audition devant la commission des services financiers de la Chambre des représentants.

Chômage en baisse dès le mois de mai, reprise de la production, rebond historique en mai des ventes au détail et des dépenses de consommation, nette amélioration de la confiance des ménages en mai et juin : la première économie du monde enregistre de nombreux signaux encourageants « reflétant une reprise qui a démarré », a relevé M. Powell.

C’est une bonne surprise, a-t-il dit, soulignant que la Fed utiliserait « tous les outils » disponibles tant que l’économie ne s’est pas complètement rétablie.

Pour autant, le patron de la puissante institution financière a une nouvelle fois appelé à la prudence alors que de nombreux indicateurs, à commencer par la production et l’emploi, restent à des niveaux très inférieurs à ceux d’avant la pandémie.

Dans certaines régions comme à Chicago, l’industrie manufacturière reste en outre à la peine.

Le rythme de la reprise est « extrêmement incertain » et « dépendra en grande partie du (de notre) succès à contenir le virus », a-t-il insisté.

En outre, un rétablissement complet de l’économie est « peu probable » tant que les gens n’ont pas toute confiance dans le fait que le coronavirus est vaincu.

Sur ce point, la situation est là aussi incertaine alors que de nouveaux foyers de COVID-19 sont apparus en Californie, en Floride, au Texas et en Arizona.

« Le rythme à venir dépendra également des mesures politiques prises à tous les niveaux de gouvernement pour apporter secours (aux ménages, entreprises et collectivités locales les plus vulnérables) et soutenir la reprise aussi longtemps que nécessaire », selon Jerome Powell.

« Tout ce que nous faisons » a pour but d’aider les 25 millions de personnes qui ont perdu leur emploi à en retrouver un, a déclaré Jerome Powell.

Secteurs les plus fragiles

Sur ce point, le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, auditionné aux côtés de Jerome Powell, lui a emboîté le pas.

L’administration Trump va prochainement entamer des discussions avec les démocrates en vue de l’adoption d’un nouveau plan d’aide à l’économie qui devra se focaliser sur les secteurs les plus fragiles, va-t-il faire savoir.

« Nous avons hâte de travailler en juillet avec le Congrès sur une base bipartite (c’est-à-dire avec les démocrates et les républicains) sur toute législation qui pourrait être nécessaire », a-t-il déclaré.

L’objectif est de faire passer une nouvelle loi « d’ici la fin du mois », a-t-il précisé.

Jerome Powell exhorte depuis des semaines les législateurs à adopter un nouveau plan d’aide pour accélérer la reprise.

Alors que la première économie du monde s’enfonçait dans la récession, le Congrès avait adopté fin mars un énorme plan d’aide d’urgence de plus de 2000 milliards de dollars pour tenter d’atténuer le choc provoqué par la paralysie de l’économie.

Il avait été complété avec des aides aux petites et moyennes entreprises.

« Nous suivons de près les résultats de ces efforts (financiers) et nous voyons la situation s’améliorer », estime M. Mnuchin sans toutefois mentionner la nouvelle hausse d’infections dans le pays.

Selon lui, bien que le taux de chômage soit toujours historiquement élevé, la conjoncture va « sensiblement s’améliorer » au cours des troisième et quatrième trimestres de cette année.

« Toute aide supplémentaire devrait viser certaines industries qui ont été particulièrement touchées par la pandémie, en mettant l’accent sur l’emploi », a-t-il ajouté.

Il a en particulier cité le secteur de la vente au détail ou du voyage, « confrontés à un impact sur le long terme ».

Citant les données de la Chambre de commerce publiées plus tôt ce mois-ci, le membre de l’administration Trump souligne que 79 % des petites entreprises avaient au moins partiellement rouvert en juin et que la moitié des entreprises encore fermées devraient reprendre leur activité « très prochainement ».

Le ministre, qui ne portait pas de masque lors de son intervention, n’évoque pas les États qui ont décidé il y a quelques jours de refermer leurs bars en raison de l’apparition de nouveaux foyers d’infection.