(Ottawa) Le gouverneur de la Banque du Canada a indiqué lundi que la pandémie de COVID-19 entraînerait des dommages économiques à long terme, et a averti que la reprise serait « vraisemblablement longue et en dents de scie ».

La Presse canadienne

Dans son premier discours depuis son entrée en poste, Tiff Macklem a affirmé que la banque centrale s’attendait à observer une croissance au troisième trimestre de cette année, alors que les Canadiens sont rappelés au travail et que les ménages reprennent certaines de leurs activités normales à mesure que les restrictions s’assouplissent.

Mais il prévient que les Canadiens ne devraient pas s’attendre à ce que ce bref rebond économique prononcé s’étire au-delà de la période de réouverture.

Avec la combinaison de réouvertures inégales entre les provinces et les industries et le cours inconnu de la confiance des consommateurs et des taux de chômage, la pandémie « nuira longtemps à l’offre et à la demande », a estimé M. Macklem dans le texte d’un discours prononcé lundi.

Selon lui, les règles de distanciation physique en cours peuvent signifier que les lieux de travail ne seront peut-être pas aussi productifs qu’auparavant, et que de nombreux services resteront difficiles à fournir.

Cette combinaison suggère que la capacité de production de l’économie subira un coup qui persistera même si les restrictions de santé publique s’assouplissent, a souligné M. Macklem dans un discours diffusé sur le web à l’intention des cercles canadiens et des Canadian clubs.

« La reprise sera vraisemblablement longue et en dents de scie. Nous connaîtrons peut-être aussi des revers », a-t-il affirmé dans un texte du discours publié par la banque.

M. Macklem a affirmé que la pandémie de COVID-19 avait créé un choc économique différent de tout ce que nous avons vu de notre vivant. Des secteurs entiers de l’économie ont fermé leurs portes, plus de trois millions de personnes ont perdu leur emploi en avril et encore plus ont vu leurs heures réduites.

« Avec la réouverture de l’économie, nous devrions voir une forte croissance de l’emploi. Nous devrions également voir l’effet stimulant d’une hausse de la demande sur les dépenses », a souligné M. Macklem dans son discours.

« Cependant, tous ne retrouveront pas leur emploi et il demeurera de l’incertitude. »

Pressions à la baisse sur l’inflation

En réponse à la pandémie, la banque centrale a abaissé son taux directeur à 0,25 %, ce qui, selon M. Macklem, est le niveau le plus bas possible.

La Banque du Canada a également lancé un programme d’achat d’obligations et de dette gouvernementale pour soutenir les marchés et rendre les emprunts moins coûteux pour les ménages et les entreprises.

Ces achats, des mesures connues sous le nom d’assouplissement quantitatif, envoient également un signal que le taux directeur de la banque « restera sans doute bas pendant un certain temps », a-t-il expliqué.

Pour la Banque du Canada, l’impact de taux d’intérêt structurellement bas et l’ampleur du choc « changent notre façon d’appliquer notre cadre de politique monétaire », a noté le gouverneur.

La banque centrale vise une inflation annuelle le plus près possible de 2,0 %, telle que mesurée par l’indice des prix à la consommation de Statistique Canada.

Le panier de biens utilisé pour constituer l’indice a été ébranlé par les changements dans les habitudes de consommation pendant la pandémie. Les gens dépensent moins pour l’essence, qui est généralement plus présente dans le calcul de l’inflation, car son prix a plongé et la fréquence des déplacements en automobile a diminué. Les dépenses sont également en baisse pour les voyages, tandis que les dépenses d’épicerie sont en hausse.

La semaine dernière, Statistique Canada a annoncé que la cadence annuelle de l’inflation avait été de-0,4 % en mai, ce qui constituait un deuxième mois consécutif d’inflation annuelle négative. L’inflation s’était établie à-0,2 % en avril.

M. Macklem a indiqué que la Banque du Canada fournirait « un scénario central pour l’évolution de la production et de l’inflation, avec une analyse des principaux risques pour ce scénario » lorsqu’elle publiera la mise à jour de son Rapport sur la politique monétaire, le mois prochain.

« Si, comme prévu, l’offre se rétablit plus vite que la demande, il y aura alors un écart important entre ces deux variables et les pressions à la baisse sur l’inflation seront très importantes », a affirmé M. Macklem.

« En aidant les Canadiens à retourner travailler, nous voulons éviter une diminution persistante de l’inflation, et c’est là notre principale préoccupation. »