(Washington) La décrue du chômage semble plus lente que prévu aux États-Unis, malgré la reprise de l’activité. Mais la réouverture de l’économie a permis à l’industrie manufacturière, chère à Donald Trump, de renouer avec la croissance en juin.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

La semaine dernière, 1,5 million de personnes se sont inscrites pour la première fois au chômage, un nombre plus élevé que les 1,35 million escompté par les analystes.

En outre, si le département du Travail indique qu’il est en baisse, c’est uniquement parce que le nombre de la semaine précédente a été révisé en hausse : 1,566 million contre 1,542 initialement.

« Nous allons créer beaucoup d’emplois avant le 3 novembre », c’est-à-dire les élections présidentielles, a promis Donald Trump dans un entretien au Wall Street Journal. « Je m’attends à une énorme augmentation du PIB », a ajouté le président républicain en lice pour sa réélection, promettant un retour de l’économie « vers les sommets ».  

Pour l’heure, les entreprises continuent de licencier malgré la réouverture de l’économie et le déploiement du programme de sauvegarde de l’emploi dont la seconde phase rencontre un succès plus mitigé.

Le Paycheck Protection Program (PPP) permet d’accorder des prêts aux petites et moyennes entreprises pour les aider à continuer de payer leurs salariés au lieu de les licencier.

Mais si les 350 milliards de dollars initiaux ont été rapidement dépensés, 130 milliards de la seconde tranche sont encore disponibles. Nombre d’économistes y voient le signe que moins de petites entreprises obtiennent des prêts, faute d’être viables à court terme.

Le nombre de nouveaux inscrits au chômage « est un rappel clair que le choc provoqué par la pandémie de COVID-19 n’est pas terminé », a résumé Ian Shepherdson, chef économiste chez Pantheon Macroeconomics.

Frémissement

Pourtant, l’économie montre des signes de frémissement depuis le mois dernier.  

Après la hausse record des ventes au détail et la hausse de la production industrielle en mai, l’activité manufacturière de la région de Philadelphie (nord-est des États-Unis) a fait un bond record passant d’une contraction de 43,1 points à une hausse de 27,5, selon l’indice de l’antenne locale de la Banque centrale américaine (Fed) publié jeudi.

« C’est la première hausse depuis février », a-t-il relevé, pointant le fait que « la plupart des composantes de l’indice ont rebondi » : le niveau général de l’activité, les nouvelles commandes, les prix.

En revanche, la composante emploi est restée dans le rouge, signe que le marché du travail reste durablement affecté par les conséquences de la pandémie de COVID-19 qui a frappé les États-Unis.

Loin des niveaux d’avant crise

Mais, « malheureusement, les chiffres des allocations d’emplois sont plus importants que l’indice de la Fed de Philadelphie », a expliqué Ian Shepherdson.  

Philadelphie « nous renseigne sur la direction, pas sur les niveaux, et le bond de l’indice de juin nous indique simplement que l’activité est en hausse, pas qu’elle est revenue à la normale », a-t-il poursuivi.

Il ajoute que l’optimisme autour de l’emploi était incompréhensible « étant donné l’augmentation des demandes dans le Wisconsin et l’Arizona ».

Le président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, tempère depuis des semaines l’optimisme, mettant en garde sur la possibilité que l’économie américaine se remette plus lentement que prévu quand l’administration Trump claironne que la reprise sera très forte aux troisième et quatrième trimestres.

Une vue partagée par le Fonds monétaire international (FMI) qui doit publier le 24 juin ses nouvelles prévisions pour l’économie mondiale.

Son porte-parole Gerry Rice a souligné jeudi que le choc provoqué par la fermeture de l’économie a duré probablement plus que prévu.

« Cela suggère que la contraction du (PIB américain) du deuxième trimestre sera plus marquée que ce nous anticipions auparavant (-5,9 % estimé en avril) et que le rythme de reprise (de l’économie) pourrait être plus lent », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

« Dans le même temps, les États-Unis disposent d’un espace budgétaire important, qui peut être entièrement déployé pour réagir à la pandémie », a-t-il relevé.

Pour l’heure, le taux de chômage reste bien supérieur (13,3 % en mai) à celui de février quand il était à son plus bas en 50 ans (3,5 %).

Depuis la mi-mars, 46 millions de personnes ont déposé des demandes d’allocations.

Selon les dernières projections de la Fed, le taux de chômage sera de 9,3 % en 2020, puis reculera lentement, à 6,5 % en 2021 et à 5,5 % en 2022. Soit près du double de son niveau d’avant la pandémie.