(QUÉBEC) Insatisfaite des réponses de Québec jusqu’ici, l’industrie touristique s’impatiente et lui réclame une aide de près de 600 millions pour « se tenir la tête au-dessus de l’eau ».

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« Il faut que ça bouge ! », lance en entrevue la coprésidente du Groupe Germain Hôtels, Christiane Germain.

« Je suis consciente que le gouvernement a beaucoup de chats à fouetter, mais il faut entamer les discussions avec nous. Il faut qu’on sente qu’à un moment donné, on va l’avoir, cette aide. C’est un cri du cœur qu’on lance là », ajoute-t-elle.

Avec le PDG du Mont Sutton, Jean-Michel Ryan, elle a envoyé une lettre au premier ministre, François Legault, pour lui demander d’aider l’industrie touristique « durement frappée par la crise » de la COVID-19.

« Elle a été l’une des premières industries à ressentir les contrecoups [de la crise] et elle sera l’une des dernières à s’en remettre », soulignent les porte-parole de la Cellule des chefs d’entreprises de l’industrie touristique québécoise.

Le Groupe Germain a maintenu 13 de ses 18 hôtels en activité, mais le taux d’occupation des chambres se situe autour de 3 %. La saison du Mont Sutton a connu une fin abrupte en mars en raison de la pandémie.

« Passer à travers les prochains mois »

Selon une étude des firmes Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) et Horwath, on prévoit que 93 000 emplois auront été perdus dans ce secteur d’activité entre le 1er avril 2020 et le 31 mars 2021. La crise entraînera des pertes pour l’économie québécoise de près de 4 milliards malgré un déconfinement, toujours selon cette étude.

L’industrie demande au premier ministre de l’aider à « passer à travers les prochains mois » en lui accordant un soutien financier pour couvrir les frais fixes (électricité, assurances, taxes, loyer, service de la dette). L’étude des firmes RCGT et Horwath chiffre une telle aide à 589 millions.

« Le soutien que nous requérons pourrait être modulé dans le temps selon divers paramètres de retour à la rentabilité, de même qu’en fonction des réalités régionales et sectorielles », plaident les porte-parole.

Jusqu’ici, le gouvernement a proposé des prêts. Or, « on veut à tout prix éviter le surendettement des entreprises touristiques, affirme M. Ryan. On a énormément d’inquiétude sur les mesures qui vont être mises en place. Ce qu’on a comme écho ne répond pas à nos attentes ».

Dans le passé, « on n’a jamais demandé d’argent », insiste Christiane Germain. « On ne vit pas aux crochets des gouvernements, au contraire. » L’industrie était florissante avant la crise : les 30 000 entreprises qui la constituent généraient 16 milliards de dollars d’activité économique (2,5 % du PIB du Québec), employaient 400 000 personnes (« 100 fois le Cirque du Soleil », tient-on à souligner dans la lettre). Et, surtout, l’industrie rapportait 2 milliards en recettes fiscales au gouvernement québécois. « On a besoin du retour de l’ascenseur », fait valoir Mme Germain.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain Hôtels

On a vu des gens qui ont demandé de l’argent au gouvernement à quelques reprises parce que ça n’allait pas super bien et, pour sauver des emplois, le gouvernement en a donné. C’est correct. Si on en demande aujourd’hui, c’est parce qu’il y a un besoin criant. On est vraiment frappés.

Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain Hôtels

L’industrie est « dans l’inconnu » quant au moment du déconfinement, déplore M. Ryan. Une première phase a été annoncée pour les campings, les pourvoiries et la location de chalets seulement (1er juin).

« Notre environnement d’affaires, et donc la possibilité de générer des revenus pour toutes les entreprises, sera perturbé pour plusieurs mois par la distanciation physique, le contrôle des déplacements, l’accès aux marchés et la limitation des rassemblements », plaident les porte-parole dans la lettre. Ils ajoutent que, selon Destination Canada, on pourrait atteindre au total 120 000 pertes d’emplois et 11 milliards de dollars de pertes pour l’économie.

L’industrie a également frappé à la porte du fédéral pour lui demander de prolonger son programme de subvention salariale, qui se termine à la fin du mois d’août.