Le gigantesque A380 d’Airbus, en voie de disparition à l’échelle internationale, fera deux apparitions à l’aéroport Montréal-Trudeau la semaine prochaine, possiblement ses dernières, pour livrer du matériel médical.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Les derniers vols réguliers à Montréal du célèbre appareil à deux étages ont eu lieu à l’automne 2012, il y aura bientôt huit ans. Air France est le seul transporteur à avoir envoyé un tel appareil vers Montréal, et il ne l’a pas fait longtemps. Le premier vol commercial s’était posé en avril 2011.

Cette fois, c’est Hi Fly, un exploitant portugais spécialisé dans les vols nolisés et la location avec équipage, qui posera son unique A380 sur les pistes de l’aéroport Montréal-Trudeau. Son premier passage est actuellement prévu pour lundi, à 14 h, en provenance de Tianjin, en Chine. L’appareil devrait rester à Montréal jusqu’à vendredi, puis revenir dès le lendemain.

L’appareil devrait transporter environ 4000 boîtes de blouses et de masques médicaux, totalisant environ 50 000 kg (110 000 lb). C’est beaucoup moins que ce qu’a transporté le seul avion plus gros que lui, l’Antonov AN-225, lors de ses deux récents passages à Montréal, soit environ 11 000 boîtes et 140 000 kg à chaque occasion. Ce dernier devrait d’ailleurs être lui-même de retour à Mirabel mercredi prochain.

L’A380 de Hi Fly est normalement employé pour le transport de passagers et il n’a pas été converti en appareil cargo, comme l’a par exemple fait Air Canada avec quelques-uns de ses gros porteurs.

La marchandise sera donc placée à la fois dans sa soute et sur ses 471 sièges, toujours en place.

C’est Swissport qui aura la mission de décharger les milliers de boîtes. L’entreprise a appris jeudi matin qu’elle accueillerait ainsi de 30 à 40 vols cargo de Hi Fly au cours des prochaines semaines. Deux seulement seront effectués par des A380.

En voie de disparition

Selon toute vraisemblance, les deux vols de la semaine prochaine seront les tout derniers d’un A380 à Montréal. L’appareil avait attiré des milliers de curieux lors d’une opération médiatique entre Montréal et Paris en novembre 2007.

Air France avait ensuite offert des vols réguliers d’avril 2011 à octobre 2012. Aéroports de Montréal avait dû investir des millions pour que ses installations puissent l’accueillir.

Selon Aéroports de Montréal, il a aussi été aperçu deux fois en 2014, en raison de déroutements.

Airbus a annoncé en février 2019 la fin de la production de son géant, pourtant encore jeune avec un premier vol réalisé en 2005. La pandémie a depuis accéléré sa mise au rancart.

Un dur coup a été frappé il y a un peu plus d’une semaine, quand Air France a annoncé le retrait des neuf appareils de sa flotte, citant la crise de la COVID-19 et « son impact sur les niveaux d’activité prévus ».

L’A380 devait rivaliser avec le 747 de Boeing. À l’époque de sa conception, les transporteurs aériens favorisaient encore le rabattement massif de leurs passagers vers des plaques tournantes. Cela créait dans ces plaques tournantes un volume de passagers suffisant pour remplir ces géants des airs.

Depuis, d’autres appareils plus petits et économes en carburant, notamment le 787 de Boeing, ont incité les transporteurs à se détourner progressivement des plaques tournantes pour leur préférer des vols directs.

Le 747 est lui aussi en péril. Boeing n’a enregistré aucune nouvelle commande pour lui en 2019 et il n’en reste plus qu’une demi-douzaine inscrits au carnet de commandes.