La colère gronde dans le Grand Nord québécois, où l’activité minière a repris malgré l’opposition ferme des Inuits.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Makivik, l’organisation qui représente la population autochtone du Nunavik, craint de voir les mineurs du Sud propager la COVID-19 dans la région. Elle réfléchit à la possibilité de lancer des procédures judiciaires pour faire stopper les opérations d’extraction du nickel, qui ont reçu le feu vert de Québec.

« Nous disons non à la réouverture des mines. […] Nous n’allons pas regarder les bras croisés pendant que des travailleurs arrivent dans la région. Tout ce que ça prend, c’est une ou deux personnes infectées… », a déploré Charlie Watt, président de Makivik, en entrevue téléphonique avec La Presse depuis Kuujjuaq. « C’est une décision très dangereuse. Si les choses tournent mal, c’est nous qui devrons gérer les problèmes. »

Le Nunavik est déjà aux prises avec une quinzaine de cas avérés de COVID-19.

La région s’est complètement isolée du reste de la province depuis le début du mois d’avril dans l’espoir de ralentir la propagation du virus. Une flambée dans cette région serait désastreuse, parce que le manque de logements oblige ses habitants à vivre dans une grande promiscuité et le service de santé local ne dispose pas des mêmes moyens que dans le reste de la province.

Reprise « progressive et encadrée »

Québec a décidé la semaine dernière d’inscrire les activités minières sur la liste des « secteurs prioritaires » pour tout le territoire québécois, autorisant du même coup les exploitants des deux mines situées au Nunavik à reprendre leur travail et le transport des employés du « Sud » vers le Grand Nord.

« La décision d’autoriser les activités d’exploitation minière a été prise suite à l’adoption par la Santé publique et la CNESST [Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail] de mesures sanitaires et de santé publique qui permettent de protéger les travailleurs », a fait valoir Claude Potvin, chargé des communications du ministre responsable des dossiers miniers, Jonatan Julien. « La reprise des activités d’exploitation se fera donc de manière progressive et encadrée. »

Mais ce n’est pas suffisant pour Makivik.

Ils ont oublié de nous consulter. Si vous regardez les conventions, Québec n’est pas censé prendre des décisions unilatérales dans notre région.

Charlie Watt, président de Makivik

« Si la relation de partenaire à partenaire veut encore dire quelque chose pour le gouvernement, c’est sur cet enjeu que ça compte. Des changements devront être faits. »

M. Watt évoque même la possibilité de se présenter devant les tribunaux pour faire stopper l’activité minière, si son appel au gouvernement provincial n’est pas entendu. « Personne n’assurera notre sécurité à notre place. Nous devons le faire nous-mêmes », a-t-il affirmé.

Une mine isolée

La société Glencore a annoncé lundi la réouverture de la mine Raglan, située près du point le plus nordique du Québec.

« Depuis le 17 avril, on a pu reprendre graduellement nos activités », a dit Céliane Dorval, responsable des communications de Glencore. « Redémarrer nos activités nous permet de maintenir nos investissements au Nunavik, que ce soit en salaires, en contrats, en partage de profits ou au niveau des programmes sociaux. Nous sommes le plus gros employeur industriel au Nunavik et avons un impact économique significatif pour la région. »

Toutefois, seuls les travailleurs qui résident dans le Sud reprennent le travail, pour tenter d’isoler la mine du reste de la région. Ceux qui étaient transportés depuis le village inuit de Salluit (à une centaine de kilomètres) doivent rester à la maison afin de ne pas mêler les deux populations. Une « conséquence fâcheuse », a déploré la Santé publique locale.

Même si les liens entre Salluit et la mine Raglan sont limités, Charlie Watt s’inquiète que des chasseurs qui utilisent cette partie du territoire puissent être en contact avec des travailleurs venus du Sud.

L’entreprise propriétaire de l’autre mine importante de la région, Canadian Royalties, n’a pas rappelé La Presse.