(New York) Donald Trump a affirmé lundi que les principaux pays exportateurs de pétrole prévoyaient une baisse de leur production deux fois plus importante que celle annoncée la veille par l’OPEP et ses principaux partenaires.

Daniel HOFFMAN
Agence France-Presse

« Pour avoir été impliqué dans les négociations, et c’est le moins qu’on puisse dire, l’OPEP envisage une coupe de 20 millions de barils par jour et non de 10 millions, comme il est généralement rapporté », a tweeté le président américain lundi matin.

Lors de son point de presse quotidien consacré à la pandémie de COVID-19, M. Trump a enfoncé le clou : « il y a des gens qui disent 10 millions mais je pense que le nombre auquel on va arriver sera plus proche de 20 millions de barils par jour ». « Cette action historique va aider près de 11 millions d’employés américains de l’industrie pétrolière et gazière », a ajouté le président, qui vise sa réélection et est soumis à forte pression par les élus républicains des États producteurs.

Il a remercié, avec profusion, le roi et le prince héritier d’Arabie saoudite ainsi que le président Poutine et le président mexicain pour avoir trouvé un accord.

Les prédictions du locataire de la Maison-Blanche n’ont pas franchement soutenu les cours lundi : si le baril londonien de Brent a progressé de 0,83 % à 31,74 dollars, le WTI new-yorkais a en revanche reculé de 1,5 % à 22,41 dollars.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses principaux partenaires, réunis au sein de l’OPEP+, se sont accordés dimanche sur une réduction de leur production de 9,7 millions de barils par jour (mbj) en mai et en juin.

De juillet à décembre, la réduction sera de 7,7 mbj et de janvier prochain à avril 2022, 5,8 mbj seront retirés du marché.

L’« ajustement historique » de la production, selon le secrétaire général de l’OPEP Mohammed Barkindo, a pour but de soutenir les cours de l’or noir, frappés de plein fouet par la crise liée au coronavirus, les mesures de confinement et le net ralentissement du transport mondial ayant fait s’effondrer la consommation d’énergie.

Pour Andy Lipow, de Lipow Oil Associates, le chiffre de 20 mbj avancé par Donald Trump relève cependant plus d’un objectif à atteindre que d’une réalité concrète.

Selon l’expert, il n’est même pas certain que les coupes de 9,7 mbj soient respectées.

« Il reste énormément de questions concernant le nombre de barils qui vont être retirés du marché », explique M. Lipow.

« Toute hausse des prix dans les prochains mois va encourager les producteurs à continuer de produire. C’est le dilemme auquel l’OPEP doit faire face », souligne-t-il.  

Peu avant les déclarations de Donald Trump, le ministre saoudien de l’Énergie avait toutefois laissé entendre que son pays pourrait accepter des coupes supplémentaires lors de la prochaine réunion de l’OPEP en juin.

« La souplesse et le pragmatisme nous permettront de continuer à faire plus si nécessaire », a affirmé le prince Abdulaziz bin Salman, cité par l’agence Bloomberg.

« Il faudra observer comment la situation évolue au niveau de la demande, si la destruction se poursuit ou s’il y a une amélioration », a-t-il précisé.

Dilemme texan

En plus d’une consommation mondiale en berne, le marché pétrolier a été plombé ces dernières semaines par l’opposition frontale entre l’Arabie saoudite et la Russie, les deux plus gros producteurs mondiaux derrière les États-Unis.

En mars, Riyad et Moscou s’étaient lancés dans une guerre des prix et des parts de marché, après avoir échoué à s’entendre sur des quotas de production.

La dégringolade des cours pétroliers a particulièrement nui aux producteurs américains de pétrole de schiste, pour qui il est difficile de dégager des bénéfices à des prix si bas.

Selon Dan Pickering de Pickering Energy Partners, les coupes de l’OPEP+ « ne vont pas tirer d’affaire le secteur énergétique américain. »

La situation est telle que M. Trump a évoqué à plusieurs reprises une possible réduction des extractions américaines. Mais une telle décision n’est pas du ressort du pouvoir fédéral en raison des règles sur la concurrence et du libre marché aux États-Unis.

Plusieurs observateurs ont suggéré un déclin « naturel » de la production au gré de la chute des cours du brut, qui a commencé à se refléter dans le dernier rapport hebdomadaire de l’Agence américaine d’information sur l’Énergie (EIA).

Le président américain avait aussi dit le mois dernier vouloir porter le niveau des réserves stratégiques de pétrole à son maximum.

Pour sa part, le Texas, qui produit environ 40 % du pétrole américain, peut décréter des coupes via son autorité de régulation, la Texas Railroad Commission (RRC), une décision qui demeure rarissime.  

À la veille d’une réunion de la RRC, l’un de ses responsables, Ryan Sitton, a indiqué lundi être ouvert à une telle option, mais a concédé avoir de nombreuses réserves, au rang desquelles « l’idée que le gouvernement prenne le contrôle d’entreprises privées. »