Impossible à envisager il y a quelques semaines à peine, des taux d’intérêt à 0 % au Canada font maintenant partie des options de la banque centrale pour affronter le coronavirus (COVID-19) et les autres vents contraires qui soufflent sur l’économie.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La Banque du Canada fera connaître ce mercredi à 10 h sa réaction au coup de fouet surprise donné mardi par la banque centrale américaine. Elle emboîtera le pas à la Réserve fédérale (Fed), qui a réduit son taux directeur de 50 points de base pour tenter de contrer l’inquiétude qui s’est emparée des marchés financiers.

Au Canada, la banque centrale aurait probablement maintenu son taux inchangé à 1,75 %, n’eût été l’impact grandissant du COVID-19 et du coup d’éclat de la Fed. « Même si l’économie a ralenti et que les blocages ferroviaires ont un impact négatif, la Banque du Canada aurait pu se passer d’une baisse », croit François Dupuis, vice-président et économiste en chef chez Desjardins.

Avec le COVID-19 maintenant disséminé un peu partout sur la planète, la baisse du prix du pétrole et les blocages ferroviaires, il y a trop d’éléments négatifs pour que la Banque du Canada reste sur ses positions, estiment de leur côté les économistes de la Banque Nationale.

Il est donc assuré que la banque centrale abaissera elle aussi son taux directeur, de 25 points de base au moins. La baisse pourrait être de 50 points, comme celle de la Fed. « Une réduction de 50 points nous semble plus probable qu’une baisse de 25 points », affirme l’économiste en chef de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie.

Il n’aurait pas été surpris de voir le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, annoncer une baisse de taux dès mardi, une journée avant la date prévue et tout de suite après celle de la Réserve fédérale. M.  Poloz a préféré s’en tenir au plan de match prévu, peut-être pour ne pas alimenter l’inquiétude des marchés.

D’autres baisses de taux sont à prévoir, tant au Canada qu’aux États-Unis, estiment maintenant la plupart des économistes qui s’intéressent à la politique monétaire. Sébastien Lavoie prévoit qu’une nouvelle baisse de taux pourrait être annoncée par la Banque du Canada à sa prochaine réunion, le 15 avril, ou peut-être même avant.

Des taux à zéro

D’autres baisses de taux sont aussi à venir du côté de la Réserve fédérale, peut-être à sa prochaine réunion prévue dès le 18 mars. « La Fed va avoir beaucoup de pression pour faire d’autres réductions de taux », estime François Dupuis.

L’état de l’économie, tant au Canada qu’aux États-Unis, ne justifie pas une réduction des taux directeurs. La Fed a toutefois choisi de faire une autre baisse « préventive » et devrait cette fois être imitée par les autres banques centrales.

La décision de la Fed de baisser en urgence son taux directeur de 50 points de base visait à restaurer la confiance des marchés financiers. Elle a peut-être eu l’effet inverse, parce que les marchés ont continué de reculer après son annonce.

Si la confiance ne revient pas sur les marchés et que l’inquiétude liée au coronavirus gagne les consommateurs et les entreprises, les banques centrales du Canada et des États-Unis pourraient bien devoir épuiser toutes leurs cartouches et continuer de réduire les taux, jusqu’à zéro.

« Tant le gouverneur de la Banque du Canada que celui de la Réserve fédérale ont déjà dit qu’ils aimeraient mieux ne pas arriver là, rappelle François Dupuis. Mais en même temps, ils ont dit qu’ils seraient prêts à le faire si nécessaire. »

Les taux directeurs sont déjà sous zéro en Europe, sans effet positif notable sur la croissance. Les taux d’intérêt négatifs introduisent toutes sortes de distorsions dans l’économie et rendent le retour à la normale plus difficile. Ils illustrent aussi les limites de la politique monétaire sur l’évolution de l’économie.

Mardi, les banques centrales et les ministres des Finances des pays du G7 se sont engagés à utiliser tous les moyens à leur disposition pour atténuer l’impact du COVID-19.

Si la crise s’aggrave, ces moyens seront sans effet, prévient de son côté Nouriel Roubini, connu comme DDoom parce qu’il voit souvent le côté négatif des choses. Si le coronavirus réduit la croissance mondiale et augmente les coûts et l’inflation, la politique monétaire ne peut rien faire contre ça, affirme-t-il dans un texte publié dans le Financial Times.

Les gouvernements sont prêts à prendre la relève des banques centrales, mais les politiques fiscales prennent du temps à avoir un impact, quand elles en ont un, selon lui. « Le pire est à venir », estime-t-il.