Pendant des décennies, la planète a rétréci. Au point où des marchandises produites à un bout du monde sont consommées à l’autre bout sans longs délais et à un coût décroissant.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Ça commence à changer. Le commerce mondial ralentit. Le 1er octobre, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a encore réduit au taux famélique de 1,2 % ses prévisions de croissance du commerce mondial pour 2019, alors qu’il était de 2,6 % dans ses prévisions précédentes d’avril.

On pense tout de suite que c’est à cause de la guerre commerciale que se livrent les deux plus importantes économies mondiales, les États-Unis et la Chine. C’est certain que ces tensions ont un impact important, pas tellement à cause des tarifs comme tels, mais en raison du climat d’incertitude qui vient avec. « Une plus grande incertitude provoque de moindres investissements et une moindre consommation », a rappelé le directeur général de l’OMC, Roberto Azevedo, lors d’une apparition publique récente.

Mais le refroidissement du commerce mondial a commencé bien avant le début des hostilités entre la Chine et les États-Unis. Depuis 2009, la valeur des biens visés par des restrictions à l’importation est en augmentation constante. Des restrictions s’appliquent maintenant à 7,5 % de toutes les importations dans le monde, un niveau historiquement élevé.

La tendance est assez marquée pour qu’on lui donne un nom : démondialisation. L’OMC, dont la libéralisation des échanges est la raison d’être, ne veut pas entendre ce mot. Il y a en effet d’autres explications possibles au ralentissement du commerce mondial, dont la décélération de plusieurs économies, en particulier celle de la Chine.

Le coût de la main-d’œuvre tend aussi à augmenter dans les pays émergents, ce qui rend la délocalisation des activités de production vers ces pays moins attirante.

Le retour du balancier

Mais on peut aussi voir derrière la réduction des échanges mondiaux une sorte de retour du balancier. Le mouvement de mondialisation est allé assez loin, en effet, pour défier le bon sens. Un exemple, parmi tant d’autres : il fut un temps où boire de l’eau en bouteille des îles Fidji était bien à la mode, même à Montréal où la bonne eau ne manque pas.

Pourquoi s’obstiner à acheter des biens produits à l’autre bout du monde au détriment de l’environnement et du tissu social de nos communautés ?

L’argument des bas prix est de moins en moins convaincant pour de plus en plus de gens qui se tournent vers l’achat local.

La popularité de l’achat local n’influe pas sur les statistiques de l’OMC, du moins, pas encore. Mais même l’apôtre du libre-échange doit reconnaître que l’âge d’or du commerce mondial est terminé. Son président a dû l’admettre récemment.

Le commerce international a déjà crû deux fois plus rapidement que l’augmentation du PIB mondial. Actuellement, il augmente au même rythme que la croissance de l’économie mondiale.

Deux tendances s’affrontent, sans qu’il soit possible de savoir laquelle prendra le dessus. Ceux qui croient à la démondialisation pensent que le ralentissement des échanges se poursuivra. À l’OMC, on croit au contraire que le rythme des échanges mondiaux pourrait se remettre à s’accélérer au cours des prochaines années. Qui vivra…