(Ottawa) Les Canadiens pourraient économiser «sensiblement plus d’argent sur leurs factures» de services sans fil si Bell, Telus et Rogers étaient confrontés à davantage de concurrence.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

C’est la principale conclusion à laquelle arrive le Bureau de la concurrence dans un mémoire présenté au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Le Bureau conclut que les prix peuvent être de 35% à 40% plus bas là où des fournisseurs régionaux, comme Videotron, Freedom Mobile ou Sasktel atteignent une part de marché de plus de 5,5%. Les retombées seraient «bien plus grandes» si la part de marché atteint les 20%.

«Les tarifs des services sans fil sont nettement plus bas dans les régions du Canada où des entreprises régionales font concurrence aux joueurs nationaux déjà établis», a déclaré le commissaire de la concurrence, Matthew Boswell, par voie de communiqué.

«Nous recommandons que le CRTC adopte une politique qui permet aux concurrents régionaux d’étendre leurs activités à d’autres marchés, afin de veiller à ce que tous les Canadiens profitent de prix plus bas, d’un plus grand choix et de davantage d’innovation dans l’industrie des services sans fil», ajoute M. Boswell.

Le Bureau estime aussi que ces «perturbateurs» de services sans fil représentent «la voie la plus prometteuse pour l’avenir», contrairement aux exploitants de réseaux mobiles virtuels qui dépendent des trois géants.

Cette recommandation du Bureau s’inscrit dans le cadre de l’examen des services sans fil mobiles mené par le CRTC. Une audience publique est prévue le 18 février 2020 et le dépôt d’un mémoire final est prévu le 23 mars 2020.

Mises en garde

Tant Bell que Rogers ont servi une mise en garde au CRTC s’il veut leur mettre trop de bâtons dans les roues alors qu’ils tentent d’étendre leur réseau et veulent implanter le réseau 5G au Canada.

Dans un discours à ses actionnaires, en avril dernier, le PDG de Rogers, Joe Natale, a appelé le gouvernement à soutenir les investissements.

«La réglementation ne sera jamais un substitut à l’innovation, disait-il. À son meilleur, elle est la clé pour déverrouiller l’avenir numérique du Canada. À son pire, elle est une barrière qui freine l’innovation et l’investissement, dans sa lancée.»

BCE

Mirko Bibic

C’est à peu près le même discours qu’a répété le futur PDG de Bell, Mirko Bibic, lors d’une téléconférence avec des analystes financiers, selon ce qu’a rapporté La Presse au début du mois.

Si Ottawa va trop loin dans sa réglementation, il y aura des effets sur les investissements, a-t-il dit, ajoutant qu’il en va de la couverture et de la qualité des réseaux.

«Le Canada a besoin d’un cadre réglementaire qui encourage les investissements continus dans les réseaux et les services sans fil, ce qui est particulièrement important maintenant si nous voulons que le pays soit un chef de file de la technologie 5G», a ajouté Caroline Audet, porte-parole de Bell dans un courriel.

Rogers, de son côté, dit constater que «la concurrence est vive dans chaque marché partout au pays» et qu’elle étude actuellement le rapport du Bureau de la concurrence dévoilé lundi.

Les Canadiens paient parmi les prix les plus élevés au monde pour leurs services sans fil.

Le premier ministre Justin Trudeau a promis en campagne électorale de réduire les factures de cellulaire de 25% d’ici deux ans. Si les fournisseurs actuels n’offrent pas des forfaits plus abordables, son gouvernement ouvrira davantage le marché.