On veut des routes, des ponts, des aéroports. Le monde a un appétit immense pour la construction et la rénovation d’infrastructures, synonymes de développement économique et de prospérité. Des investissements gigantesques y sont consacrés partout sur la planète. Mais dans certaines parties du monde, il manque encore d’infrastructures du type le plus élémentaire, c’est-à-dire des toilettes.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La moitié de la population mondiale, soit 4,2 milliards de personnes, n’a pas accès à des toilettes dignes de ce nom, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

C’est un problème de santé publique avant tout, mais c’est aussi un handicap majeur au développement social et économique d’un pays. L’OMS a calculé que chaque dollar dépensé dans les toilettes se traduit par un bénéfice économique et social de 9 $ en raison de la réduction de la mortalité infantile, de la diminution des coûts de santé et de l’amélioration de la productivité. Pour certains pays, ça veut dire un produit intérieur brut (PIB) amputé de 5 % par année.

Les pays qui souffrent du manque de toilettes ne sont pas tous pauvres et démunis. C’est en Inde, la septième économie mondiale dont le PIB dépasse celui de la France, que le problème est le plus aigu.

100 millions de toilettes

En 2013, l’Organisation des Nations unies a choisi le 19 novembre pour souligner la Journée mondiale des toilettes. On pourrait être tenté d’en rire, mais l’initiative fait en sorte que la question reste d’actualité et n’est pas enterrée sous tous les autres problèmes de l’humanité.

PHOTO MONEY SHARMA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Des manifestants célèbrent la Journée mondiale des toilettes à New Delhi, en Inde, le 19 novembre 2018.

La Fondation Bill et Melinda Gates en a fait une de ses principales préoccupations. Elle vient d’ailleurs de récompenser le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, pour avoir construit plus de 100 millions de toilettes dans le cadre d’un programme de 5 ans qui a coûté 20 milliards de dollars.

Le 2 octobre dernier, le premier ministre Modi a officiellement déclaré l’Inde « libre de toute défécation à l’air libre ». Cette affirmation a été largement mise en doute au sein du pays de 1,3 milliard d’habitants où les traditions peuvent être longues à changer, mais de réels progrès ont été réalisés.

Il ne suffit toutefois pas d’installer des toilettes pour régler ce problème de santé publique. Les pays qui n’ont pas de toilettes n’ont généralement pas de réseaux d’égouts pour en faire l’évacuation, ni d’installations de traitement des eaux usées, ni l’argent pour en construire. Plusieurs n’ont pas d’eau du tout, comme en Afrique.

C’est une des raisons pour lesquelles la campagne menée par les Nations unies pour que toute la population mondiale puisse avoir accès à des services sanitaires adéquats en 2030 n’atteindra pas sa cible.

PHOTO MARK SCHIEFELBEIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La Fondation Bill et Melinda Gates vient de récompenser le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, pour avoir construit plus de 100 millions de toilettes dans le cadre d’un programme de 5 ans qui a coûté 20 milliards de dollars. Sur la photo, Bill Gates.

La technologie pourrait venir à la rescousse. Depuis 2011, un concours pour réinventer la toilette est organisé annuellement par la Fondation Bill et Melinda Gates. Des projets prometteurs émergent de cet exercice annuel. Un de ces projets de recherche est actuellement en cours à l’Université de Toronto.

La toilette de demain pourrait être alimentée à l’énergie solaire et produire à la fois de l’eau potable et des boues solides pouvant être utilisées comme carburant ou comme fertilisant. Et surtout, être peu coûteuse à installer et facile à entretenir. C’est à suivre.