(Montréal) Le contexte économique mondial s’est détérioré, ce qui augmente les risques pour la croissance mondiale et la possibilité de tensions financières qui pourraient déborder au Canada, a fait valoir mardi la première sous-gouverneure de la Banque du Canada.

La Presse canadienne

Dans un discours prononcé devant le Cercle de la finance internationale de Montréal, Carolyn Wilkins a précisé que la Banque du Canada ne prédisait pas une récession mondiale, particulièrement à la lumière des récents assouplissements apportés aux conditions monétaires mondiales. Elle toutefois souligné que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine était une « préoccupation majeure ».

Mme Wilkins a estimé que l’incertitude était aussi exacerbée par le Brexit, les tensions au Moyen-Orient et les manifestations à Hong Kong, ainsi que les problèmes connus par certains pays de l’Amérique latine.

« Vu l’horizon qui s’assombrit, il ne faut pas baisser la garde », a-t-elle affirmé.

« C’est d’autant plus important que l’endettement élevé à l’échelle internationale accentuerait un ralentissement de l’économie mondiale, surtout si celui-ci se traduisait en récession. »

Mme Wilkins a noté que la dette mondiale était plus élevée qu’avant la Grande Récession, laissant de nombreux ménages, entreprises et gouvernements vulnérables.

« De plus, un ralentissement économique pourrait être plus prononcé que d’habitude et être marqué par des tensions financières », a-t-elle souligné.

La Banque du Canada a maintenu son taux d’intérêt directeur inchangé à 1,75 % le mois dernier, mais elle a avait alors exprimé certaines inquiétudes vis-à-vis de l’économie mondiale.

La banque centrale a pris cette décision alors que certains de ses pairs, ailleurs dans le monde, ont choisi de réduire les taux d’intérêt et d’assouplir leur politique monétaire en réponse aux préoccupations relatives au ralentissement de l’économie mondiale.

« Notre taux directeur est peut-être relativement bas actuellement, mais à 1,75 %, nous avons encore une marge de manœuvre. Nous avons aussi d’autres moyens à notre disposition, comme les indications prospectives exceptionnelles et les achats massifs d’actifs », a expliqué Mme Wilkins.

Brian DePratto, économiste principal à la Banque TD, a noté que le discours de mardi semblait s’inscrire dans la continuation des affirmations plus neutres de la banque.

« La banque reconnaît que le Canada n’est pas à l’abri des difficultés qui pèsent sur la croissance mondiale, mais les problèmes de stabilité financière impliquent également que les exigences pour procéder à une réduction des taux sont plus élevées qu’elles ne le seraient autrement », a écrit M. DePratto dans un rapport.

« Nous avons encore le sentiment que la banque veut toujours regarder la détérioration des données’dans le blanc des yeux’avant de passer à l’action. Selon leur dernière décision sur les taux d’intérêt, le marché du logement et les dépenses de consommation sont toujours les principaux baromètres sur ce front. »

Mme Wilkins a noté que le Canada était prêt à affronter une tempête mondiale, si jamais une telle chose devait survenir, et que son système financier était en bonne posture pour faire face aux imprévus.

Elle a ajouté que le Canada avait fait certains progrès pour contenir les vulnérabilités financières ces dernières années, notamment au chapitre de la dette des ménages et du marché du logement. Cependant, malgré les progrès accomplis, l’endettement des ménages reste élevé, a-t-elle souligné.

« Nous constatons aussi que la croissance du crédit hypothécaire et les prix de certains logements ont recommencé à augmenter, sous l’effet d’une diminution des taux hypothécaires », a-t-elle affirmé. « De plus, la proportion des nouveaux prêts hypothécaires accordés à des emprunteurs fortement endettés s’est remise à monter. »