(New York) Personne ne doit s’y tromper : la levée des tarifs sur l’aluminium et l’acier n’a pas éliminé les obstacles protectionnistes auxquels fait face le Québec aux États-Unis, loin de là. Et les partenaires commerciaux de la plus grande économie mondiale ne peuvent ignorer le risque d’une récession américaine en 2020. 

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

N’empêche : la conjoncture actuelle est riche en promesses et en perspectives sans précédent, selon la déléguée générale du Québec à New York, Catherine Loubier, nommée à ce poste en février dernier par le gouvernement de François Legault. Cette conjoncture pourrait en fait permettre à la province de conclure aux États-Unis des ententes susceptibles de générer « des dizaines de milliards de revenus ».

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Catherine Loubier, déléguée générale du Québec à New York

« Je pense qu’il y a deux grandes opportunités historiques en ce moment », a déclaré la Montréalaise de 47 ans lors d’une entrevue dans les bureaux de la délégation québécoise, située au 26e étage du One Rockefeller Plaza, à Manhattan.

L’ex-directrice des communications mondiales de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ne fait pas seulement allusion au contrat potentiel entre Hydro-Québec et la Ville de New York. Elle évoque également le rôle que l’hydroélectricité québécoise pourrait jouer dans l’ambitieux plan vert du gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo. Celui-ci a notamment annoncé la fermeture en 2020 d’une centrale nucléaire importante, celle d’Indian Point, et l’aménagement de deux grands parcs éoliens en mer, au large de Long Island.

D’ici la réalisation de ce projet, l’État de New York fera face à un déséquilibre entre l’offre et la demande énergétiques. Or, selon Mme Loubier, « l’hydroélectricité québécoise est le seul moyen qui peut permettre de combler cet écart-là ».

« L’opportunité est là. Je pense qu’il faut réussir ça », a ajouté celle qui est appelée à jouer un rôle clé dans la réalisation de l’objectif du premier ministre québécois de doubler les investissements privés au Québec sur quatre ans et de faire exploser les exportations de la province dans le monde.

Une annonce sur les minéraux stratégiques

L’« autre opportunité extraordinaire » à laquelle fait référence Mme Loubier concerne les minéraux stratégiques – lithium, terres rares, graphite – dont ont besoin les sociétés américaines des secteurs de la défense, de l’électronique et de l’automobile, entre autres. L’administration Trump a déjà fait connaître son intention de réduire la dépendance des États-Unis envers la Chine pour son approvisionnement en métaux. Or, lors d’une rencontre à la Maison-Blanche avec un conseiller du président américain le printemps dernier, François Legault a eu l’occasion de présenter le Québec comme une des solutions de rechange à la Chine.

Cette rencontre aura contribué à une percée qui devrait être annoncée prochainement par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, Jonatan Julien, selon Mme Loubier, dont le mandat s’exerce dans la région du Mid-Atlantic, qui comprend huit États, et le district de Columbia. Celle-ci se garde cependant de devancer le ministre en divulguant le moindre détail sur l’annonce à venir.

Ce que je peux vous dire, c’est que le ministre Julien est au travail. Moi, je suis sur le terrain pour le soutenir. […] Et dans les prochaines semaines, je pense que vous serez à même de constater le travail de M. Julien.

Catherine Loubier, déléguée générale du Québec à New York

Hydro-Québec et New York

Mme Loubier se fait également discrète sur les négociations devant mener d’ici la fin de l’année à une entente entre Hydro-Québec et la Ville de New York. Entente qui concrétiserait l’engagement du maire de la Grosse Pomme, Bill de Blasio, d’utiliser l’hydroélectricité québécoise pour alimenter toutes les infrastructures publiques de la métropole américaine.

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Bill de Blasio, maire de New York et candidat démocrate en vue de l’élection présidentielle de 2020

Participe également à ces négociations Transmission Developers Inc., promoteur de la ligne de transmission Champlain Hudson Power Express, qui acheminerait l’électricité québécoise jusqu’au quartier Astoria, dans Queens.

Je ne peux pas prédire l’avenir, mais je peux vous dire que tout le monde est à l’œuvre. Je peux dire que le sentiment des différents partenaires sur le terrain est très bon.

Catherine Loubier, déléguée générale du Québec à New York

Rencontres clés pendant la Semaine du climat

Ces mêmes partenaires auront des « rencontres clés », au dire de la déléguée générale, en marge de la Semaine du climat qui se déroulera à New York du 23 au 29 septembre. Le Québec sera représenté par le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, ainsi que par les ministres Jonatan Julien et Benoit Charette, titulaire du portefeuille de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

À entendre Catherine Loubier, ils devraient être accueillis à bras ouverts à New York.

Il n’y a pas de meilleure carte de visite en ce moment que de dire que le Québec veut être partenaire de la décarbonation de New York. C’est un message qui est très bien reçu ici.

Catherine Loubier, déléguée générale du Québec à New York

Il s’agit d’ailleurs d’un message qui n’a pas seulement trait à la vente d’hydroélectricité, selon la déléguée générale. Les projets new-yorkais qui représentent, selon elle, de bonnes occasions pour les entreprises québécoises vont de la modernisation de la centrale électrique de Niagara Falls à l’aménagement des éoliennes au large, en passant par la fourniture d’autobus scolaires électriques.

Mais toutes ces occasions n’éliminent pas les obstacles ou menaces aux exportations québécoises. Obstacles et menaces qui ne viennent pas seulement de l’administration Trump. Lors de la fête du Travail, par exemple, le gouverneur de l’État de New York a proposé de rendre permanente une loi devant expirer à la fin de l’année exigeant que tous les projets d’infrastructures de plus de 1 million de dollars utilisent du fer et de l’acier américains.

C’est le genre d’initiatives protectionnistes contre lesquelles doit souvent se battre Catherine Loubier ces jours-ci. Son rôle consiste notamment à rappeler aux partenaires américains du Québec les conséquences négatives que leurs mesures peuvent avoir, de part et d’autre de la frontière.

« J’ai été au gouvernement longtemps, parfois on fait des choses bizarres dont on n’a pas mesuré la portée », a commenté celle qui a travaillé plusieurs années sur la scène fédérale, où elle a notamment été conseillère principale de l’ancien premier ministre Stephen Harper.

Et des choses bizarres, Catherine Loubier en voit souvent sous la présidence de Donald Trump, surtout sur Twitter.

« Évidemment, on est à l’ère des tweets. Il nous faut être plus agiles, réagir rapidement. Il faut saisir les opportunités, anticiper les enjeux et agir avant qu’ils nous affectent négativement. C’est ça, le travail. »

Le sommet de l’Amérique du Nord au Québec

Le Québec accueillera en 2021 la troisième présentation du sommet de l’Amérique du Nord, rencontre à laquelle sont invités les premiers ministres des provinces canadiennes et les gouverneurs des États américains et mexicains. L’organisation de ce sommet relèvera en bonne partie de la déléguée générale du Québec à New York, qui doit notamment définir les priorités de la rencontre et dresser le programme. Organisé par l’Association nationale des gouverneurs américains, le premier sommet de l’Amérique du Nord s’était déroulé en 2015 au Colorado et le deuxième en 2018 en Arizona. La troisième édition, dont le lieu et les dates n’ont pas encore été choisis, représentera une belle vitrine pour le Québec. « On veut parler commerce, on veut parler énergie, on veut aussi démontrer ce que le Québec a de mieux à offrir », a dit Catherine Loubier. Autre projet parmi plusieurs autres sur la table de Mme Loubier : la célébration en 2020 du 80e anniversaire de la présence québécoise à New York avec l’aide de 80 diplômés d’universités québécoises qui font carrière dans la mégapole américaine.