Après un bond de 8 % en août, le prix de l’or est en hausse de près de 20 % en 2019. Si le prix de l’or n’est pas encore au niveau de 2011, qui avait frôlé les 2000 $ US l’once, il est aujourd’hui à un niveau record en dollars canadiens ainsi que dans plusieurs autres devises importantes comme l’euro, la livre britannique et le yen japonais.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Même si l’annonce avant-hier d’un accord entre la Chine et les États-Unis pour la tenue, le mois prochain, d’une nouvelle ronde de négociations entourant les échanges commerciaux a refroidi les ardeurs de certains investisseurs envers le secteur aurifère, la montée n’est potentiellement pas terminée.

Le marché a notamment commencé à escompter les effets négatifs de la détérioration d’une guerre commerciale.

Les gens cherchent une valeur refuge. L’or a toujours servi à ça.

Philippe Martel, gestionnaire de portefeuille chez BT Global

L’or est habituellement plutôt mal compris et traité de façon spéculative, déplore de son côté Benoît Gervais, vice-président principal et gestionnaire de portefeuille pour l’équipe des ressources chez Placements MacKenzie.

Le Canadien moyen est sous-pondéré en aurifères, « ça, on le sait », soutient cet expert. « Mon premier objectif est de convaincre les investisseurs de la validité d’utiliser une police d’assurance comme l’or contre des événements imprévisibles », dit celui qui croit que de 5 à 7 % d’un portefeuille devrait être exposé au métal doré.

Appréhensions multiples

Les tensions commerciales entre les Chinois et les Américains n’expliqueraient qu’une partie de l’appréciation du prix de l’or. Les évaluations « élevées » dans les marchés boursiers (et pour les actifs réels de façon générale, comme en immobilier), les taux d’intérêt négatifs qui apparaissent, les tensions géopolitiques (Brexit, Hong Kong, etc.) et le populisme sont d’autres éléments qui semblent toucher le marché, selon Benoît Gervais.

Ce gestionnaire perçoit l’incertitude et l’inquiétude sur plusieurs plans.

« Les modèles économiques ne sont pas expérimentés pour faire affaire avec des taux d’intérêt négatifs. Qu’est-ce que ça veut dire pour les pensions ? Pour le système de plomberie des grandes banques dans le monde ? Est-ce que ça fonctionne toujours ? Ce n’est pas clair. On pourrait dire que c’est dangereux. Les taux d’intérêt américains semblent laisser présager le pire », relate Benoît Gervais.

« Le pivot de la Fed a été le moment d’inflexion pour le prix de l’or », affirme Philippe Martel. « Avec la baisse des taux d’intérêt par la Fed, on se retrouve avec un taux réel pratiquement négatif. En tenant compte de l’inflation, ça veut dire que, théoriquement, on s’appauvrit. »

L’imposition de tarifs pourrait éventuellement mener à une récession, croit Philippe Martel. « Mais depuis la crise financière, on a quand même eu des soubresauts économiques et le prix de l’or ne répondait pas. C’est vraiment depuis que la Fed a décidé de redescendre les taux qu’on voit un impact. On dirait que les investisseurs se sont dit qu’on s’en va peut-être à zéro, comme c’est le cas en Europe où il y a des taux négatifs. »

Philippe Martel se dit néanmoins surpris par la vitesse à laquelle la valeur de l’or s’est appréciée. « Et ça semble vouloir se maintenir et même continuer de monter. »

C’est encore le temps d’acheter des titres aurifères, selon lui, même si la valeur de plusieurs d’entre eux a déjà fortement rebondi depuis le plancher atteint il y a quelques années.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Philippe Martel, gestionnaire de portefeuille chez BT Global

Pour un investisseur qui n’aurait rien, je pense que c’est bon d’avoir de l’or en portefeuille. On est rendu à un moment où il faut regarder des alternatives et l’or en est une bonne.

Philippe Martel, gestionnaire de portefeuille chez BT Global

Révision des attentes

« Depuis le sommet atteint il y a huit ans, les actions de sociétés aurifères ont piqué du nez (en baisse de plus de 80 % à leur plus bas niveau) et sont en mode récupération depuis 2016 », souligne Paul Wong, investisseur indépendant et ex-gestionnaire de portefeuille chez Natcan, dans une analyse présentée cette semaine.

Compte tenu de la rapide hausse du prix de l’or, les sociétés aurifères vont commencer à se retrouver en haut de liste sur le radar des experts en analyse quantitative.

Paul Wong, investisseur indépendant

« Les prévisions de bénéfices des aurifères sont constamment révisées à la hausse lorsque le prix de l’or monte de façon brusque », souligne M. Wong.

Dans une note publiée hier, Valeurs Mobilières Banque Laurentienne recommande d’ailleurs aux investisseurs de surpondérer leurs investissements dans le secteur des ressources, mais de préférablement surpondérer uniquement dans l’indice aurifère.

Andrey Omelchak, président et chef des placements chez Gestion de capital LionGuard, n’aime pas investir dans les ressources naturelles, comme l’or, car elles présentent beaucoup de risque à long terme, dit-il.

Il est difficile de faire des prévisions avec confiance. Je préfère investir dans des entreprises où le rendement sur le capital investi est beaucoup plus prévisible.

Andrey Omelchak

PHOTO FOURNIE PAR GESTION DE CAPITAL LIONGUARD

Andrey Omelchak, président et chef des placements chez Gestion de capital LionGuard

Il concède néanmoins que « l’or vit un grand moment » qui n’est pas sur le point de se terminer, en raison du contexte mondial.

« Ça fait longtemps que le prix de l’or n’a pas augmenté de cette façon. Je vois beaucoup de capitaux entrer dans ce secteur présentement et je m’attends à ce que ça continue. C’est très positif pour les aurifères. »

Investir dans les titres aurifères

Voici les suggestions de titres aurifères du gestionnaire de portefeuille Philippe Martel, de la firme montréalaise BT Global

Le choix « sécuritaire »

« Franco-Nevada (FNV) détient des royautés dans plusieurs mines dans le monde. C’est une façon plus sécuritaire en général de profiter d’une augmentation du prix de l’or qu’avec d’autres aurifères, car Franco-Nevada reçoit uniquement les lingots de différentes mines et n’est pas responsable des dépassements de coûts sur le terrain, chose très fréquente. »

Deux « grands » noms

« Agnico-Eagle (AEM) et Kirkland Lake Gold (KL) sont deux grosses sociétés aurifères canadiennes avec des mines au Canada, et aussi en Australie dans le cas de Kirkland. Les risques géopolitiques sont donc moindres avec ces sociétés-là. »

Les « petites »

« Les plus petites aurifères sont plus volatiles, prévient-il. Dans ce groupe, je propose B2Gold (BTO) et Endeavour Mining (EDV). Et comme il y a aussi le métal argent qui est encore plus explosif que l’or, je recommande Mag Silver (MAG). »

PHOTO FOURNIE PAR CANADIAN MALARTIC

L’exploration minière, qui fait du surplace depuis 2017, pourrait se remettre à avancer à la faveur de l’augmentation du prix de l’or.

Le temps de la récolte est arrivé pour les juniors

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Après des années d’un labeur ingrat, les sociétés minières juniors pensent que le temps de la récolte est enfin venu. La remontée soudaine du prix de l’or, cet été, leur ouvre de nouvelles perspectives.

« Les gens répondent à nos appels », résume Jean-Marc Lacoste, président et chef de la direction de la Corporation aurifère Monarques, qui a ramé à contre-courant longtemps avant de voir arriver les jours meilleurs.

« Il ne faut pas se le cacher, c’est un moment qu’on attend depuis plusieurs années. Tous nos projets ont pris de la valeur », se réjouit-il.

Encore en juin dernier, Monarques avait dû prendre la décision difficile de suspendre la production de sa seule mine en exploitation, Beaufort, pour préserver son capital. La hausse soudaine du prix de l’or, cet été, pourrait précipiter sa réouverture.

Mais surtout, Jean-Marc Lacoste croit que le temps est venu de valoriser ses propriétés en Abitibi. Les deux principaux projets de mine de Monarques, Croinor et Wasamac, pourraient être avalés par les plus gros poissons de la chaîne alimentaire minière.

« Tout est sur la table », dit le président.

Transactions à prévoir

Philippe Cloutier, qui a fondé Ressources Cartier en 2006 en acquérant des propriétés délaissées par les majors, est encore plus enthousiaste.

Ce qui se passe actuellement est « majeur », affirme-t-il. L’augmentation du prix de l’or, combinée aux nouvelles technologies adoptées par l’industrie et à la baisse des réserves, change complètement la donne, selon lui.

Une société junior qui a fait son travail va être récompensée au quadruple.

Philippe Cloutier, fondateur de Ressources Cartier

Acquisition, fusions, associations, les transactions pourraient se multiplier dans les prochains mois, et peut-être dès la semaine prochaine au Colorado, lors du Precious Metal Summit, qui affiche complet.

Toute l’industrie minière canadienne a souffert de l’attrait exercé par les nouvelles entreprises de cannabis sur les investisseurs. « Elles ont mangé notre lunch », a déploré Sean Roosen, dirigeant de Redevances aurifères Osisko, qui en a pourtant vu d’autres dans sa carrière.

L’an dernier, les entreprises liées au cannabis ont accaparé 76 % des investissements en capital de risque, soit 4 milliards de dollars, comparativement à 217 millions pour les entreprises minières.

La vague du cannabis et, dans une moindre mesure, celle du bitcoin ont déjà commencé à se retirer, ce qui laisse plus de capital de risque disponible pour le secteur minier.

Ressources Cartier a sept projets en portefeuille, dont le gisement Chimo, qui a produit de l’or jusqu’en 1997 et qui pourrait revivre avec un nouvel exploitant. La petite entreprise est prête, elle aussi, à tout vendre. « Si ça arrive, on va récompenser nos actionnaires et on va repartir en bas de l’échelle », lance Philippe Cloutier.

PHOTO FOURNIE PAR CANADIAN MALARTIC

Aperçu de la mine Canadian Malartic, propriété de Mines Agnico Eagle/Yamana Gold, en Abitibi-Témiscamingue

Fin de la disette

L’exploration minière, qui fait du surplace depuis 2017, pourrait se remettre à avancer à la faveur de l’augmentation du prix du métal jaune. Il ne faut toutefois pas s’attendre à un décollage rapide, selon Valérie Fillion, directrice générale de l’Association de l’exploration minière du Québec, qui compte 1200 membres. « Quand le prix de l’or grimpe, les producteurs sont les premiers à en profiter et le secteur de l’exploration est le dernier », rappelle-t-elle.

L’inverse est aussi vrai : l’exploration est la première victime d’une baisse de prix.

Dépenses d’exploration minière au Québec (en millions)
2017 : 299,3
2018 : 278,9
2019 : 301,7 (Prévision)
Source : Institut de la statistique du Québec

Une production record

La production d’or devrait atteindre cette année un sommet sans précédent au Québec. La production aurifère des mines québécoises dépassera 2,2 millions d’onces (63 millions de grammes) en 2019, selon l’Institut de la statistique du Québec, qui se base sur les prévisions de l’industrie. La valeur estimée de cette production, soit 3,3 milliards, compte pour près de 40 % de la valeur de tous les métaux exploités au Québec.

Les futures mines

De loin la plus importante richesse minière québécoise, la production aurifère est concentrée en Abitibi. Voici les projets aurifères qui pourraient devenir les prochaines mines du Québec.
Akasaba Ouest (Mines Agnico Eagle)*
Barry (Bonterra Resources)
Croinor (Corporation aurifère Monarques)*
Douay (Mines d’or Maple)
Eau Claire (Ressources Eastmain)
Fenelon (Société minière Wallbridge)
Granada (Granada Gold Mine)*
Horne 5 (Ressources Falco)*
Windfall (Osisko)
O’Brien (Ressources minières Radisson)*
Wasamac (Corporation aurifère Monarques)*
* situées en Abitibi