(New York) Emblème du « coworking », WeWork, qui a lancé une véritable révolution des bureaux partagés et dont les pratiques comptables sont controversées, est en train de revoir à la baisse ses ambitions dans le cadre de son entrée à Wall Street, ont indiqué jeudi à l’AFP deux sources proches du dossier.

Luc OLINGA
Agence France-Presse

La société, dont le modèle économique et la gouvernance suscitent des interrogations auprès des milieux d’affaires, envisage de diviser par plus de la moitié sa valorisation, ont dit ces sources sous couvert de l’anonymat.

Elle vise désormais une valorisation aux alentours de 20 milliards de dollars contre, une valeur d’entreprise il y a encore quelques mois de 47 milliards sur la base des dernières levées de fonds privés auprès du groupe japonais Softbank, affirment ces sources.

Ce pessimisme est dû au fait que des investisseurs approchés ont émis des doutes sur sa capacité à gagner de l’argent assez rapidement, ont dit ces sources. Ils se demandent aussi, selon elles, si l’entreprise a les reins solides pour résister à un ralentissement de l’économie mondiale et comment le cours de son action réagirait à la volatilité des marchés, nourrie par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Il traduit néanmoins la méfiance des marchés vis-à-vis des nouvelles pépites, qui bousculent différents secteurs de l’économie à coup d’innovations technologiques, mais ne parviennent toujours pas à être rentables en dépit de gros investissements.

Uber et Lyft, les plateformes de réservation de voiture sans chauffeur, et Snap, la maison mère de la messagerie Snapchat, en ont fait les frais. Leurs titres respectifs s’échangent actuellement en dessous de leur niveau d’introduction.

Contacté par l’AFP, WeWork n’a pas souhaité commenter.

Report de l’entrée en Bourse ?

WeWork, né en 2010 à New York, entend lever un peu plus de 3 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse, considérée comme une des plus importantes de l’année, et obtenir en parallèle une ligne de crédit de 6 milliards de dollars auprès de grandes banques (JPMorgan Chase, Goldman Sachs), ont encore dit les sources.

La société, qui prévoit d’être cotée sous le symbole WE, mais n’a pas encore choisi sur quelle plateforme boursière, a essuyé une perte nette de 1,9 milliard de dollars l’an dernier et présentait un déficit de 904 millions au premier semestre de l’année en cours.

Les manœuvres financières de son dirigeant Adam Neumann font aussi grincer des dents, comme quand il investit personnellement dans l’immobilier pour ensuite louer à WeWork.

Les milieux d’affaires sont aussi critiques de la gouvernance qui laisse peu de place à la transparence et permet à M. Neumann de concentrer beaucoup de pouvoirs.

WeWork devrait entamer la semaine prochaine la traditionnelle tournée de présentation de l’entreprise aux investisseurs avant le baptême du feu boursier, ont ajouté les sources. Si elle le faisait, elle s’introduirait à Wall Street fin septembre.

Certains investisseurs plaident toutefois pour un report de l’introduction en Bourse à 2020. D’après le Wall Street Journal, le milliardaire japonais Masayoshi Son, propriétaire de Softbank, a évoqué avec M. Neumann la possibilité d’investir des milliards de dollars supplémentaires dans WeWork pour retarder le saut boursier.

Avec ses cafés gratuits, ses canapés et ses cloisons vitrées, WeWork est l’exemple le plus emblématique du « coworking » apparu dans les années 1990 et devenu ces dix dernières années l’une des grandes tendances de l’immobilier de bureaux.

Quand WeWork se lance en 2010, il profite des nouvelles technologies, qui permettent de travailler depuis n’importe où, et de la crise financière, qui avait forcé de nombreux licenciés de la finance ou de la création à monter leur propre entreprise.

Le groupe compte désormais 527 000 membres et gère 528 sites dans 111 villes à travers 29 pays. Souvent des étages entiers qu’il module entre bureaux privatifs, espaces communs et cabines individuelles, aménage, et sous-loue. Plus de la moitié de son chiffre d’affaires est réalisé en dehors des États-Unis.

Les plus grandes entreprises, à l’instar de Microsoft, HSBC ou Facebook, se sont aussi laissées séduire. Les sociétés de plus de 500 salariés représentent désormais 40 % des membres de WeWork.

WeWork est par ailleurs en train de se diversifier, en investissant dans la location d’appartements ou l’éducation.