Même si on dénombre de plus en plus de véhicules sur nos routes, les ventes d’essence diminuent légèrement depuis deux ans au pays. Des données dévoilées hier par Statistique Canada révèlent un recul de 0,4 % en 2018 qui s’ajoute à celui de 0,3 % en 2017. Explications et commentaires.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« C’est surprenant, cette stagnation ou faible diminution alors que le nombre de véhicules augmente. Il faut qu’il y ait une baisse relativement importante des déplacements et une hausse de l’efficacité des véhicules », réagit Jean-Thomas Bernard, professeur spécialisé dans les questions d’énergie à l’Université d’Ottawa.

Trois facteurs contribuant à la demande de carburant, selon le professeur Jean-Thomas Bernard 1. Le nombre de véhicules (qui est en hausse)
2. Le nombre de kilomètres parcourus 3. L’efficacité des véhicules

Véhicules automobiles routiers immatriculés (Canada)
2017 : 
24 566 696 2018 : 25 060 399 (+ 2 %)

Véhicules automobiles routiers immatriculés (Québec)
2017 : 
5 589 071 2018 : 5 705 271 (+ 2 %)

Source : Statistique Canada

Modes et démographie

« [La stagnation des ventes d’essence], ce n’est pas un phénomène unique au Canada. On le voit aussi aux États-Unis, dans les sociétés matures comme le Japon et l’Europe », note le professeur Bernard. Le vieillissement de la population réduit les dépenses en transport. Les personnes de 65 ans ou plus consacrent 17,8 % de leur budget au transport, comparativement à 21,4 % chez les moins de 30 ans, selon Statistique Canada (2015). C’est sans compter les milléniaux, ajoute M. Bernard, qui se montrent moins intéressés par la conduite automobile que leurs parents et grands-parents.

44,8 : milliards de litres d’essence vendus en 2018 au Canada (ventes brutes). Cette statistique inclut l’essence vendue pour les véhicules sur route et hors route, utilisés en agriculture et dans le secteur minier, par exemple.

2016 : année où le record de ventes, en volume, a été établi avec 45 milliards de litres. Statistique Canada affirme que ce sommet a « probablement été causé par l’affaiblissement des prix mondiaux du pétrole brut ».

« Au niveau canadien, effectivement, il y a deux baisses, mais très légères. C’est plus une stagnation des ventes qui, de toute façon, en termes globaux, est annulée par la hausse de vente du diesel », analyse Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Au Québec, note le professeur Pineau, c’est « seulement en 2018 » qu’on a observé une baisse des ventes d’essence. Et encore une fois, elle est annulée par la croissance des ventes de diesel.

Ventes d’essence au Québec (en milliards de litres)
2016 :
 8,7
2017 : 9,1
2018 : 8,9

« Quand on est à l’intérieur de 1/2 de 1 %, on est dans la marge d’erreur. Ce qu’on voit, c’est que les chiffres ne bougent pas », juge Carol Montreuil, vice-président pour l’est du Canada de l’Association canadienne des carburants. Tout comme M. Pineau, il souligne que les ventes de diesel augmentent, de sorte qu’en somme, il n’y a pas une baisse d’utilisation des carburants au pays.

Diesel : deux années de hausse

Après le creux observé en 2016, les ventes nettes de diesel ont augmenté au Canada de 1,2 milliard de litres.

2018 : 18,3 milliards de litres, en hausse de 1,1 % (+ 200,8 millions de litres)
2017 : 18,1 milliards de litres, en hausse de 6,1 % (+ 1,0 milliard de litres)

Quand l’économie va…

« Le transport, c’est relié à l’économie. Quand ça va bien, les marchandises vendues et transportées augmentent », rappelle Carol Montreuil pour expliquer la hausse d’utilisation du diesel. En d’autres mots, il y a plus de camions de toutes les tailles sur les routes pour livrer des biens, que ce soit vos achats effectués sur Amazon ou vos boîtes de repas prêts à cuire. C’est aussi l’explication amenée par le professeur Pineau. « Il y a beaucoup de livraisons, de va-et-vient de marchandises, car l’économie va bien. » Notons que les ventes de diesel de 2018 (le record) sont à peu près équivalentes à celles de 2014 (18,12 milliards de litres).

En transition

À l’Association des distributeurs d’énergie du Québec (ADEQ), les chiffres de Statistique Canada ne font pas frémir. Au contraire, le sujet de la baisse des ventes n’est sur aucun ordre du jour, dit la PDG Sonia Marcotte. Cela dit, on se prépare pour l’avenir. « On le sait très bien qu’on s’en va vers une transition énergétique. Mes membres d’ailleurs regardent les autres énergies. Et on a changé de nom. Avant, on s’appelait les distributeurs indépendants de pétrole, alors qu’aujourd’hui, on est des distributeurs d’énergie. Certains ont commencé à mettre des bornes de recharge [électrique]. »

« Là où je suis très surpris, c’est qu’en Colombie-Britannique, en 2017 et 2018, il y a vraiment de grosses baisses, confie Pierre-Olivier Pineau. La baisse canadienne est quasiment uniquement expliquée par la chute en Colombie-Britannique. » La hausse du prix pourrait être à l’origine de ce phénomène.

Vente d’essence en Colombie-Britannique (en milliards de litres)
2016 :
 5,77
2017 : 5,18
2018 : 5,02

L’impact des voitures électriques ?

« C’est tellement petit que c’est à peine détectable sur le radar », fait valoir Carol Montreuil. « C’est une goutte d’eau », confirme Pierre-Olivier Pineau, de HEC Montréal.

Nombre de véhicules électriques
Québec (au 30 juin 2019) : 52 556
Canada (au 31 mai 2019) : 112 120

Source : Association des véhicules électriques du Québec

Et celui des VUS 

En ce qui concerne les VUS, ils sont de moins en moins énergivores. « Le renouvellement de la flotte améliore la consommation », résume M. Pineau. Mais ils consomment tout de même plus que les voitures. Dernièrement, ajoute-t-il, les ventes de VUS ont légèrement fléchi.