(Washington) Jerome Powell va prononcer vendredi l’un des discours les plus importants de sa carrière et tenter de convaincre que la Banque centrale américaine sait comment prolonger la plus longue période d’expansion de la première économie mondiale.

Virginie MONTET
Agence France-Presse

Les marchés seront toute ouïe tout comme Donald Trump, qui attaque la Fed presque quotidiennement et l’accuse de freiner « son » économie.

M. Powell s’exprime vendredi à 10 h pour la première fois depuis la baisse des taux de fin juillet, devant le gotha des banquiers centraux et des économistes traditionnellement réunis chaque année à Jackson Hole, une prestigieuse station de montagne de l’État du Wyoming.

Les marchés, qui attendent la confirmation de leurs anticipations sur des baisses de taux, se sont encore montrés nerveux jeudi.  

Pour la 3e fois en huit jours, la courbe des taux d’intérêt sur les bons du Trésor américain s’est inversée, un signe souvent vu comme préfigurant une récession dans les 12 à 18 mois.

L’indice Markit d’activité manufacturière est passé en territoire négatif pour la première fois depuis la récession de 2009.

Jeudi matin, après déjà une série de tweets la veille qui avaient comparé M. Powell à un joueur de golf incompétent « manquant de doigté », le président Donald Trump, qui fait campagne pour des taux beaucoup plus bas, a réitéré ses attaques contre la Banque centrale.  

« Notre Réserve fédérale nous empêche de faire ce qu’on doit faire », écrit-il s’indignant que l’Allemagne vende « des bons à 30 ans à rendements négatifs ». Il accuse la Fed de « désavantager les États-Unis face aux concurrents ».

Les taux d’intérêt américains que la Fed a modestement baissé fin juillet pour la première fois en plus de dix ans, se situent entre 2 % et 2,25 % alors que la croissance américaine est de 2,1 % (en rythme annuel au 2e trimestre) tandis que l’Allemagne frôle la récession.

Mais le président reproche à la Banque centrale d’avoir remonté fin 2018 les taux trop vite et provoqué un renforcement du dollar ce qui handicape les États-Unis en pleine guerre commerciale.

Pour sa part, Jerome Powell, qui a été nommé par Donald Trump début 2018 avant de rapidement tomber en défaveur, avance sur une voie étroite.  

Il s’efforce d’accompagner la faible inflation et de prolonger la plus longue croissance américaine de l’histoire moderne en accordant ce qu’il a appelé un « ajustement de milieu de cycle » sans promettre « une série de baisses » des taux.

Il s’attache aussi à défendre l’indépendance de la Fed et à garder la cohésion de son Comité monétaire, divisé face aux remèdes à apporter devant les perspectives de ralentissement.

Division et signes mitigés

Car l’activité américaine montre des signes mitigés. Elle mêle une solide consommation à un secteur manufacturier morose et des investissements d’entreprises décevants et rendus frileux face aux tensions commerciales.

La prochaine réunion monétaire de la Banque centrale est prévue dans trois semaines, les 17 et 18 septembre, et les marchés s’attendent largement à une nouvelle baisse des taux d’intérêt. Mais de quelle ampleur ?

Esther George, la présidente de la Fed de Kansas City, hôte du forum de Jackson Hole qui a voté contre la décision de réduire les taux en juillet, a paru camper sur ses positions jeudi.

Interrogée sur CNBC depuis la station, elle a estimé que le niveau des taux paraissait « être bien placé » actuellement.  

Elle a admis que l’économie faisait face à des risques défavorables avec « l’affaiblissement de la croissance mondiale et le degré d’incertitude lié aux questions commerciales ». Mais elle conserve une projection de croissance de 2 % pour 2020.

Le président de la Fed de Philadelphie Patrick Harker a aussi affirmé jeudi à Jackson Hole qu’il penchait plutôt pour attendre de voir « pendant un certain temps » comment évolue l’économie. Il a estimé que les taux « étaient à peu près là où ils devraient être ».

Il a aussi temporisé sur l’importance de la divergence des taux entre les États-Unis et leurs partenaires : « Nous ne sommes pas tant désynchronisés que cela ».  

Après ces propos de membres de la Fed, la courbe des obligations du Trésor américain à 2 ans et 10 ans s’est légèrement inversée à deux reprises mais brièvement.

Wall Street a clôturé en ordre dispersé jeudi à cause de l’indice sur l’activité manufacturière et des investisseurs qui ont préféré pas trop s’engager, ni dans un sens ni dans l’autre, en attendant que M. Powell ne s’exprime.

Si cette année, Mario Draghi de la BCE ne figure pas parmi les participants à la conférence, le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney, aux prises avec le Brexit, celui de la Banque de Réserve d’Australie, dont les taux sont sur la pente descendante, et enfin l’économiste en chef du FMI Gita Gonipath, qui a récemment émis des doutes sur l’efficacité de la guerre commerciale de Donald Trump, interviendront à la conférence qui dure jusqu’à samedi.