Inégalités, gouvernement endetté, espérance de vie en baisse… malgré sa période de croissance historique, l’Amérique de Trump a de gros problèmes à régler, affirme une vaste étude.

Richard Dupaul Richard Dupaul
La Presse

« Taxez-nous plus. » Voilà le message surprenant que des milliardaires américains ont transmis à la Maison-Blanche la semaine dernière dans une lettre publique.

Composé notamment du financier George Soros, du cofondateur de Facebook Chris Hughes et des héritiers des empires Hyatt et Disney, ce petit groupe fortuné espère ainsi que son engagement pour le bien commun contribuera à corriger un grave problème aux États-Unis : des inégalités de plus en plus grandes.

Pourtant, en apparence, tout baigne pour les Américains.

Ce mois-ci, les États-Unis enregistreront la plus longue phase d’expansion économique depuis la Seconde Guerre mondiale, soit 10 ans de croissance ininterrompue. En prime, le chômage est à un creux historique, la Bourse caracole à des sommets, les taux d’intérêt sont au plancher…

Difficile alors de se faire une idée juste de la situation face à ces portraits contradictoires. Or, le Fonds monétaire international (FMI) vient de passer aux rayons X la première économie mondiale. Son verdict, paru dans un nouveau rapport exhaustif dit « article IV », risque d’en surprendre plusieurs : le patient américain n’est pas en aussi bonne santé qu’il y paraît.

Deux Amériques

D’abord, l’essor remarquable de l’économie américaine est loin d’être bien partagé, déplore l’organisme établi à Washington en confirmant l’analyse des Soros et compagnie.

Malgré la hausse du produit intérieur brut (PIB) par habitant, les indicateurs sociaux dépeignent en effet un tableau peu reluisant.

Sur le plan des revenus des ménages, le FMI calcule que le niveau médian n’est que de 2,2 % supérieur aujourd’hui en termes réels (en soustrayant l’inflation) par rapport à 1990, alors que le PIB par habitant a augmenté de 23 %.

Près de 40 % des ménages américains disposent aujourd’hui d’un revenu inférieur à ce qu’il était en termes comparables en 1983.

Le niveau de pauvreté est presque le même qu’avant la crise financière de 2008. Aussi, pas moins de 45 millions d’Américains, sur un total de 330 millions, vivent sous le seuil de pauvreté.

La mobilité sociale, soit la capacité de se hisser dans l’échelle de la richesse, décline également : à preuve, environ 50 % des jeunes Américains gagnent un revenu moindre que celui de leurs parents à un âge comparable. Il y a 40 ans, ce pourcentage était de 10 %.

Si bien que le FMI juge que le gouvernement devait faire de la lutte contre les inégalités « une priorité ».

On meurt plus tôt

De plus, l’espérance de vie aux États-Unis diminue. Elle est même bien au-dessous de celle des autres pays membres du G7.

En clair, les Américains vivent en moyenne 78 ans (contre 79 ans en 2014), comparativement à 82,3 ans en France et au Canada (Banque mondiale, 2016) et à 83,9 ans au Japon.

En cause : le taux de suicide et de surdose de médicaments, notamment. Le prix des soins dissuade par ailleurs un Américain sur trois de se faire soigner.

Les États-Unis se retrouvent d’ailleurs à la 35e place mondiale dans ce palmarès vital, une position gênante pour le pays le plus riche du monde.

Dettes et protectionnisme

Par ailleurs, le FMI braque ses projecteurs sur les problèmes structurels de l’économie américaine, dont des déséquilibres financiers liés à l’endettement élevé du gouvernement fédéral.

Le FMI y va même de suggestions pour abaisser le déficit américain (1100 milliards US prévus en 2019-2020) et réduire la dette nationale (22 000 milliards US, ou près de 108 % du PIB), en instaurant notamment des taxes indirectes qui contribueraient à rééquilibrer les finances publiques.

L’organisme insiste aussi sur le « devoir » de la première puissance mondiale de contribuer à créer un environnement stable et prévisible pour le commerce mondial.

« Les tensions actuelles menacent l’ensemble de la planète. Les droits de douane punitifs ne sont pas efficaces pour réduire les déficits commerciaux bilatéraux », souligne le rapport.

En somme, avec son analyse, le FMI envoie à Donald Trump un message que ce dernier connaît par cœur : « make America great again », monsieur le président. Mais vous devrez agir autrement.

Le rapport du FMI (en anglais)