Un travailleur sur deux (55 %) changerait d’emploi si on lui promettait des conditions visant un meilleur équilibre entre le travail et famille. Devant ce fait, les entreprises qui tentent d’attirer des candidats pourront désormais brandir une nouvelle arme de séduction : un sceau certifiant qu’elles reconnaissent l’importance de la conciliation entre le boulot et la maison.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

C’est du moins le pari que fait le Réseau pour un Québec Famille (RPQF), qui a lancé hier son programme de reconnaissance de la conciliation famille-travail. Concrètement, les entreprises qui voudront recevoir cette certification devront prouver qu’elles ont mis en place, après consultation des employés, des mesures pour faciliter la vie de leur personnel. Télétravail, remboursement des frais de garde pour les heures supplémentaires ou flexibilité dans le choix des vacances ne sont que quelques exemples d’initiatives qui permettent de se voir attribuer un sceau, qui sera décerné par le RPQF pour une période d’un an. Le programme entrera en vigueur en septembre.

« On a décidé de transformer la crise de la main-d’œuvre en opportunité », a expliqué en entrevue Marie Rhéaume, directrice générale du RPQF. Elle estime que cette certification pourrait permettre aux entreprises qui font face à une pénurie de travailleurs de se distinguer par rapport aux autres.

Selon des données fournies par le Réseau, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle se classe au deuxième rang des critères de choix d’emploi, tout juste derrière la réputation de l’entreprise. Le salaire et les avantages sociaux, qui ont longtemps été des arguments de taille dans la recherche d’un travail, occupent maintenant la cinquième position. Le RPQF révèle également que 37 % des travailleurs seraient prêts « à accepter une réduction de salaire en échange de meilleures mesures » de conciliation.

Présente lors du lancement du programme, Geneviève Provencher, fondatrice du site Flow, une plateforme qui permet aux entreprises offrant des mesures flexibles d’afficher leurs offres d’emploi, s’est réjouie de cette nouvelle initiative. Cette mère de deux enfants, qui travaillait auparavant dans une grande entreprise, a vite réalisé qu’elle « croyait plus ou moins au modèle métro-boulot-dodo ». Depuis la création de Flow, en février, environ 1500 internautes se sont inscrits pour avoir le droit de consulter les postes offerts.

Le rôle des hommes

Interrogé en marge du lancement, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, affirme pour sa part qu’en plus de la mise en place de nouvelles mesures, il faut faire connaître celles qui existent déjà et inciter plus d’hommes à s’en prévaloir.

« La conciliation famille-travail-études, elle touche aussi les hommes, affirme-t-il. Il y a des mesures très concrètes. Le congé de maladie, ça ne peut pas être plus officiel que ça. Dans certaines situations, les hommes sont peut-être plus gênés de réclamer des choses aussi évidentes qu’un congé de maladie pour aller prendre soin des enfants. Ça, c’est à la base. Ce n’est pas un discours masculiniste, se défend-il. En le faisant, on agit directement sur la place que prennent les femmes dans la société. »

Par ailleurs, le ministre, père de deux jeunes enfants, admet lui-même qu’il est difficile de combiner famille et politique. Rappelons que les plans de rénovations à l’Assemblée nationale ne prévoient toujours pas l’implantation d’une halte-garderie. 

« Ça n’a pas de bon sens qu’une institution comme l’Assemblée nationale n’ait pas de garderie ou de halte-garderie, se désole-t-il. Je pense qu’on doit avoir ce service-là pour inciter davantage de jeunes à se lancer en politique. Quand on parle de conciliation travail-famille, ce n’est pas évident d’être parlementaire. »