L'investissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans un réseau de gazoducs au Brésil a fait réagir la coalition Sortons la Caisse du carbone, qui « n'accueille pas favorablement cette décision ».

Mis à jour le 9 avr. 2019
JEAN-THOMAS LÉVEILLÉ LA PRESSE

La Caisse et la société française ENGIE ont déposé l'offre gagnante pour l'acquisition d'une participation de 90 % dans Transportadora Associada de Gás S.A. (TAG), plus grande entreprise de transport de gaz naturel au Brésil, avec 4500 km de gazoducs ; la part de la Caisse serait de 31,5 %.

L'offre de 11,4 milliards de dollars (8,6 milliards US) est conditionnelle à l'approbation des autorités antitrust brésiliennes et européennes, de même qu'à celle de l'assemblée générale de Petrobras.

La Caisse en a fait l'annonce dans un communiqué diffusé à 19 h 01 vendredi soir.

« C'est clair qu'on essaie un peu de cacher cette nouvelle-là », affirme Sébastien Collard, porte-parole de la coalition Sortons la Caisse du carbone, qui voit « beaucoup de greenwashing [écoblanchiment] » dans cette annonce qui présente les gazoducs de la TAG comme une façon de contribuer à « la décarbonisation efficace » de la production d'énergie.

« On doit au minimum [diminuer les énergies fossiles] de 50 % d'ici 2030 pour arriver à garder le réchauffement climatique sous 2 degrés Celsius. Dans ce contexte, qu'est-ce qu'on fait en investissant dans le gaz ? On va favoriser l'ajout d'émissions [de gaz à effet de serre] et non leur diminution. »

- Sébastien Collard, de la coalition Sortons la Caisse du carbone

« Je ne sais pas comment ça cadre dans leur politique d'investissement durable », se demande Normand Mousseau, directeur académique de l'Institut de l'énergie Trottier, installé à Polytechnique Montréal.

Se disant « moyennement » convaincu que le gaz naturel puisse être considéré comme une énergie de transition, il n'y voit « pas une solution à long terme ».

La « stratégie d'investissement durable » de la Caisse prévoit une augmentation de 50 %, d'ici 2020, des investissements sobres en carbone et une diminution de 25 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) par dollar investi.

Il faut donc regarder « l'ensemble du portefeuille de la Caisse », qui inclut également « beaucoup d'investissements » dans les énergies vertes, affirme le porte-parole de l'institution, Maxime Chagnon.

« On est très conscients que si on investit dans un actif [lié aux énergies fossiles], ça implique de faire des choix, parce qu'il va falloir atteindre nos cibles. »

- Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse de dépôt et placement du Québec

La coalition Sortons la Caisse du carbone voit dans l'acquisition de la TAG « un grand risque que ce soit un éléphant blanc », étant donné que les énergies solaires et éoliennes permettent « un peu partout dans le monde » de produire de l'électricité « à des prix bien inférieurs au gaz naturel », analyse Sébastien Collard.

Le gaz naturel transporté par les pipelines de la TAG servira bel et bien à la « production électrique complémentaire à l'hydroélectricité », explique Maxime Chagnon, mais il assure qu'il n'y a « pas un investissement que la Caisse fait sans penser à faire de l'argent ».

Sébastien Collard voit plutôt un « risque important » qu'une « bonne proportion » du gaz transporté par la TAG ne trouve plus preneur dans un avenir rapproché, quand son coût excédera celui des énergies vertes.

« On s'en va vers des prix en dessous de 2 cents le kilowattheure autant pour le solaire que l'éolien », lance-t-il.