(Washington) Donald Trump a loué la force du dollar vendredi – « cette très belle chose » – mais aussi souligné que cela rendait les entreprises américaines moins compétitives et n’a pas exclu d’intervenir pour faire baisser le billet vert.

Christophe VOGT
Agence France-Presse

« Le dollar est très fort. Le pays est très fort. Le dollar est une très belle chose dans un sens mais il rend la concurrence plus difficile », a dit le président dans une longue tirade dans le bureau Ovale, rompant une nouvelle fois avec la tradition bien établie qui veut que seul le secrétaire américain au Trésor s’exprime – et avec parcimonie – sur la première monnaie de réserve du monde.

Quand un journaliste l’a interrogé sur l’éventualité d’une intervention pour faire baisser le billet vert, M. Trump a répliqué : « Je pourrais le faire en deux secondes. Je n’ai pas dit que je n’allais rien faire » et par la même occasion il a démenti son principal conseiller économique Larry Kudlow qui, quelques heures plus tôt, avait dit exactement le contraire.

« Faire baisser le dollar, ce n’est pas la question », avait affirmé Larry Kudlow sur CNBC, presque indigné que l’on puisse imaginer ce scénario.  

« Nous avons eu (mardi Ndlr) une réunion avec le président et ses principaux conseillers en matière d’économie et nous avons exclu toute intervention sur la devise », avait affirmé M. Kudlow.

« Un dollar stable, fiable et sûr » attire l’argent des investisseurs aux États-Unis « par tombereaux », avait-t-il ajouté.

Il reprenait ainsi l’esprit de ce qui pour des générations de secrétaires américains au Trésor était devenu un mantra : « un dollar fort est dans l’intérêt des États-Unis ».

Doutes

Les soupçons que l’administration Trump pourrait rompre avec la tradition ont été éveillés par Politico. Il a rapporté que Peter Navarro, un proche conseiller du président sur les affaires commerciales, avait suggéré à M. Trump une intervention pour faire baisser le dollar et redonner de la compétitivité aux entreprises américaines sur les marchés internationaux, lors de cette fameuse réunions des principaux conseillers économiques.

De fait, l’un des effets mécaniques d’une monnaie plus faible est de rendre les produits à l’exportation moins chers.

Une suggestion d’autant plus attrayante que le locataire de la Maison-Blanche a accusé à de nombreuses reprises les partenaires commerciaux des États-Unis de manipuler leur devise pour l’affaiblir face au dollar et donner ainsi un avantage compétitif à leurs propres produits.

Il a nommément visé la Chine mais aussi la zone euro en s’en prenant au président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Selon le Washington Post de vendredi, le président a rejeté l’idée d’une intervention craignant que cela ne heurte l’économie américaine et ne soit difficile à contrôler.

« Nous avons un dollar très puissant. C’est une bonne nouvelle et en dépit de ça, nous nous portons vraiment bien. […] C’est vraiment devenu encore bien plus qu’avant la monnaie de référence », a encore ajouté le président, soulignant que l’euro « ne se porte pas si bien. L’Europe n’est pas très en forme. La Chine n’est pas très en forme […]. Nous sommes l’économie la plus attrayante du monde ».

Mais sa sortie dans le bureau Ovale sème le doute sur les véritables intentions de l’administration au risque de créer des turbulences sur le marché des changes.

Un moyen de faire baisser le cours du dollar serait de baisser les taux d’intérêts et donc de rendre certains investissements en dollars moins attrayant.

C’est l’une des raisons des attaques incessantes – et elles aussi peu orthodoxes – du président contre la Banque centrale américaine, qu’il accuse de freiner la croissance de la première économie du monde en ayant augmenté ses taux trop vite et trop souvent.

Commentant la croissance au deuxième trimestre – qui a 2,1 % s’est nettement ralentie mais reste solide par comparaison avec d’autres pays industrialisés –, M. Trump a accusé : « Nous aurions pu avoir plus si ce n’était pour la Fed ». Et de paraphraser Marlon Brando dans « Sur les quais » : « Nous aurions pu être quelqu’un ».

Le président pourra peut-être féliciter la Banque centrale mercredi, qui a laissé entendre qu’elle devrait modestement baisser les taux mercredi, à l’issue d’une réunion de son comité monétaire de deux jours.