L’entreprise d’informations de crédit Equifax, dont la filiale canadienne est mandatée par Desjardins pour surveiller les dossiers personnels des 2,7 millions de membres touchés par sa fuite de renseignements, devra faire face aux États-Unis à des amendes et des indemnités pouvant atteindre 775 millions US, en conséquence de la fuite massive de données sur 143 millions de consommateurs survenue en 2017.

MARTIN VALLIÈRES MARTIN VALLIÈRES
La Presse

Mais les milliers de Canadiens qui ont été touchés par ce cafouillage ne profiteront pas de ces indemnités, affirme Equifax.

Ce piratage informatique, un des plus gros dans l’histoire américaine après la cyberattaque dont a été victime le portail internet Yahoo ! en 2013, avait touché le cœur du système des cotes de crédit aux États-Unis, en plus de compromettre les dossiers de crédit de milliers de Britanniques et de Canadiens.

L’accord annoncé hier entre Equifax et les autorités américaines, au terme de presque deux ans d’enquête et de négociations multipartites, comprend surtout un fonds d’indemnisation d’une valeur d’au moins 380 millions US et pouvant s’élever jusqu’à 500 millions US, selon le nombre de plaignants.

Equifax devra également acquitter une amende de 175 millions US pour clore les enquêtes engagées par les autorités judiciaires de 50 États, en plus de verser 100 millions US à l’agence américaine de protection des consommateurs financiers (Consumer Financial Protection Bureau).

« Equifax a fait des profits et de la cupidité ses priorités au détriment de la vie privée des gens et doit par conséquent être tenue responsable d’avoir exposé des millions de personnes », a déclaré Letitia James, ministre de la Justice de l’État de New York.

« L’ineptie, la négligence et le laxisme dans la sécurité de cette entreprise ont exposé les identités de la moitié de la population des États-Unis. »

19 000 Canadiens exclus

Parmi les 143 millions de consommateurs touchés par cette fuite d’informations dans l’administration principale d’Equifax aux États-Unis, on dénombrait plusieurs milliers de citoyens du Royaume-Uni et du Canada, dont les dossiers de crédit étaient constitués chez les filiales d’Equifax dans ces pays.

Ce constat avait amené le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada à faire sa propre enquête, qui a déterminé que 19 000 Canadiens étaient touchés par la fuite chez Equifax aux États-Unis, à la suite du transfert de leurs informations entre Equifax Canada et la maison mère américaine.

Cette enquête a mené à la publication, en avril dernier, d’un rapport accablant envers Equifax Canada pour ses pratiques jugées « inacceptables » en matière de sécurité des renseignements personnels.

En guise de sanctions, au lieu de coûteuses amendes comme celles annoncées aux États-Unis, Equifax Canada s’en est tirée avec une période de six ans de vérifications externes de la sécurité de ses banques de données, afin d’en assurer « la conformité avec la Loi canadienne sur la protection des renseignements personnels », selon le Commissariat fédéral.

En dépit de ces reproches récents chez Equifax Canada, les 19 000 Canadiens touchés par la fuite d’informations de 2017 à la maison mère américaine ne seront pas admissibles aux diverses indemnités comprises dans l’entente intervenue avec les autorités américaines.

« L’accord d’indemnité aux consommateurs a été conclu aux États-Unis seulement. Il n’a aucune incidence sur les consommateurs canadiens et les clients d’Equifax au Canada », a indiqué Tom Carroll, porte-parole d’Equifax Canada, à Toronto.

Desjardins, confiant

En dépit des amendes et des indemnités considérables que doit verser Equifax aux États-Unis, le Mouvement Desjardins « réitère [sa] confiance envers Equifax, car il s’agit du principal fournisseur de surveillance de dossiers de crédit au Canada », a fait savoir Desjardins en fin de journée hier.

Entre-temps, a-t-on indiqué par courriel à La Presse, « [Desjardins poursuit] les discussions avec TransUnion pour couvrir l’ensemble du marché canadien ». Les discussions ont été amorcées au début du mois de juillet avec ce concurrent d’Equifax.

Rappelons qu’en complément des promesses de dédommagement en cas de fraude d’identité financière à ses membres touchés par la fuite massive de renseignements personnels, Desjardins a conclu avec Equifax une entente de surveillance accrue du crédit durant cinq ans, sans frais, pour ses 2,7 millions de membres individuels concernés par la fuite.

Ce service permet essentiellement de consulter son dossier de crédit et d’y repérer les anomalies, comme une demande de prêt d’origine douteuse. Il comporte également des alertes en cas de modification substantielle au dossier de crédit.

La mise en place de ce service de surveillance a cependant été plombée par les problèmes informatiques d’Equifax, ainsi que par un service à la clientèle déficient.

Pour atténuer ses problèmes, Desjardins propose à ses membres depuis la semaine dernière de s’inscrire au service de surveillance d’Equifax en passant par ses propres services ou d’utiliser son site internet transactionnel AccèsD.

— Avec l’Agence France-Presse, Thomson Reuters, Associated Press

Equifax en bref

– Siège social : Atlanta – Revenus annualisés (quatre trimestres au 31 mars) : 3,39 milliards US (- 0,1 %) – Bénéfice annualisé (au 31 mars, avant provision d’amendes de 690 millions US) : 343 millions US (+ 14 %) – Valeur boursière (au 22 juillet) : 16,5 milliards US (New York) – Rendement total en Bourse (prix + dividendes) : 1 an : + 10 %, 3 ans : + 5,7 % – Principaux actionnaires : fonds Vanguard (10 %), T. Rowe Price (9 %), Capital International (7,7 %) Source : Thomson Reuters