Le gaz naturel arrive finalement sur la Côte-Nord, et quatre fois plutôt qu’une. À la suite d’un appel de projets, le gouvernement québécois a choisi quatre promoteurs qui proposent autant de solutions différentes pour acheminer l’énergie attendue depuis longtemps par les grands consommateurs industriels comme Alouette et ArcelorMittal.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Le gaz naturel sera liquéfié pour être transporté et regazéifié une fois à destination. Il arrivera par méthaniers en provenance de la côte est américaine, en isoconteneurs cryogéniques à partir de Montréal par le fleuve Saint-Laurent ou encore en camion-citerne à partir du Saguenay, selon les différentes solutions proposées par les fournisseurs.

Parmi ceux-ci figurent un consortium international établi à Londres (Avenir LNG), une entreprise de la Colombie-Britannique (Cryopeak), une coentreprise québécoise dont fait partie le Groupe Desgagnés (DGSC) et enfin Énergir, principal distributeur de gaz du Québec.

Ils peuvent compter sur l’aide financière du gouvernement du Québec, qui a réservé dans son plus récent budget une somme de 70 millions pour construire des infrastructures et pour aider les entreprises à passer du mazout au gaz naturel.

Pour Énergir, qui pensait mettre la main sur tout le marché de la Côte-Nord, le choix du gouvernement est une surprise. Le distributeur devra vraisemblablement partager avec trois autres entreprises un marché estimé à au moins 5 BCF (ou milliards de pieds cubes de gaz). La consommation totale de gaz naturel au Québec est actuellement de 200 BCF.

Énergir, qui exploite déjà une usine de liquéfaction de gaz naturel à Montréal-Est d’une capacité de 9 BCF, estime toutefois avoir une longueur d’avance.

« Notre solution est déjà là », a fait valoir hier Catherine Houde, porte-parole d’Énergir.

Énergir propose d’utiliser des isoconteneurs cryogéniques pour transporter le gaz naturel liquéfié par camion jusqu’au port de Québec. De là, les isoconteneurs seraient transportés par voie maritime jusqu’aux ports de Baie-Comeau, de Port-Cartier et de Sept-Îles, avant d’être transbordés dans des camions pour se rendre à leur destination finale.

Technologies inédites au Québec

Les solutions proposées pour la desserte de la Côte-Nord en gaz naturel utilisent des technologies inédites au Québec, mais éprouvées ailleurs dans le monde.

Avenir LNG, consortium international, propose d’utiliser de petits méthaniers qui feraient la navette entre les usines de liquéfaction de gaz naturel de la côte est américaine et Port-Cartier.

DGSC, quant à elle, propose d’utiliser le gaz naturel acheminé par le gazoduc d’Énergir jusqu’à Saguenay, puis d’utiliser des camions-citernes jusqu’aux sites des entreprises.

Compte tenu des installations de regazéification et de stockage à construire, et de la conversion d’équipements à faire dans les entreprises, le gaz naturel n’arrivera pas sur la Côte-Nord avant 2022.

C’est néanmoins l’aboutissement d’une très longue attente pour la Côte-Nord, qui réclame du gaz naturel depuis plus de 20 ans.

« En 1999, on pensait que le gazoduc de Gaz Métro [aujourd’hui Énergir] serait prolongé jusque sur la Côte-Nord, mais le projet a été abandonné », rappelle Sylvain Larivière, commissaire industriel à Sept-Îles.

L’annonce du gouvernement a fait des heureux, parce qu’elle rendra les entreprises plus compétitives et qu’elle devrait aussi permettre à de nouveaux projets de voir le jour.

Le fait d’avoir quatre fournisseurs plutôt qu’un seul donnera plus de flexibilité aux entreprises, croit aussi M. Larivière.