(Washington) L’endettement des entreprises – en hausse et plus risqué – pose « un risque modéré » à l’économie américaine, a estimé lundi le président de la banque centrale des États-Unis, Jerome Powell.

Agence France-Presse

« A l’heure actuelle, la dette des entreprises ne présente pas le type de risque élevé pour la stabilité du système financier qui pourrait nuire aux ménages et aux entreprises si la situation devait se détériorer », a jugé Jerome Powell. Il reconnaît toutefois que « le niveau de la dette pourrait certainement mettre en difficulté les débiteurs si l’économie s’affaiblit ».

Malgré cela, le ton du patron de la première banque centrale du monde est plutôt rassurant par rapport à certains analystes et économistes, qui mettent en garde contre une réédition de la crise financière de 2008 mais cette fois par le biais de l’endettement des entreprises plutôt que du marché immobilier.

« Les discussions publiques sur le sujet vont de “c’est une réédition de la crise des subprimes” à “circulez il n’y a rien à voir” ; pour le moment la vérité est probablement quelque part entre les deux », a souligné M. Powell lors d’un colloque sur l’avenir du système financier organisé par la branche régionale d’Atlanta de la Fed.

« Les parallèles avec le boum des prêts hypothécaires qui ont mené à la crise financière mondiale ne sont pas totalement convaincants », juge M. Powell, qui estime que « le système financier apparaît assez solide aujourd’hui pour être en mesure d’encaisser les pertes du secteur privé, ce qui manifestement n’était pas le cas il y a 10 ans avec les prêts hypothécaires à risque ».

Il souligne d’autres différences avec la crise d’il y a maintenant près de 11 ans qui a mis à genoux une bonne partie de l’économie mondiale.

Selon M. Powell, la hausse des emprunts n’est pas démesurée face à une expansion économique aussi longue, le crédit aux entreprises ne se nourrit pas d’une « bulle » d’une classe d’actifs, la structure du principal outil de crédit (CLO ou collaterized loan obligations) « est plus saine » que ne l’étaient les CDO par qui la crise était arrivée.

Il reconnaît toutefois que la dette des entreprises est à un niveau record par rapport à la taille de l’économie, que l’endettement est élevé par rapport à la valeur des actifs et que la qualité de la dette se rapproche de la limite de l’investissement à risque.

Pour autant le ton de M. Powell contraste avec celui du FMI qui, il y a quelques semaines, lors de ses réunions de printemps, s’était montré véritablement inquiet de la situation.  

« L’encours des obligations spéculatives a pratiquement doublé aux États-Unis et dans la zone euro depuis la crise » financière de 2008, constatait ainsi l’institution financière internationale.

La vulnérabilité des entreprises « semble forte dans environ 70 % des pays d’importance systémique », soulignait pour sa part Tobias Adrian, directeur du département des marchés monétaires et de capitaux.

Un ralentissement économique plus prononcé ou des conditions financières nettement moins souples pourraient « peser sur la capacité des entreprises endettées à rembourser leur dette » d’autant que la solvabilité des emprunteurs s’est nettement dégradée, avait ajouté de son côté Fabio Natalucci, directeur adjoint du département des marchés monétaires.

Jerome Powell souligne d’ailleurs dans son discours que loin d’ignorer la question, la Fed en collaboration avec d’autres institutions nationales et internationales surveille les choses de près et tente de mieux comprendre les aspects moins connus dans ce domaine.