(Ottawa) Alors que l’incertitude continue de planer sur la ratification de la nouvelle mouture de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), le ministre du Commerce international, Jim Carr, sillonne le pays pour faire la promotion d’un autre accord, le Partenariat transpacifique, qui doit permettre au Canada de réduire autant que faire se peut sa dépendance au marché américain.

Joël-Denis Bellavance La Presse

Depuis le début de l’année, le ministre Carr a pris son bâton de pèlerin, allant d’une région du pays à l’autre, en compagnie de délégués commerciaux pour inciter les entreprises canadiennes à redoubler d’efforts afin de brasser de nouvelles affaires avec les pays membres de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

Cet accord regroupe en tout 11 pays bordés par l’océan Pacifique (Canada, Australie, Brunéi, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Viêtnam). L’accord est entré en vigueur le 30 décembre dans les six premiers pays l’ayant ratifié, soit le Canada, l’Australie, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et Singapour. Et le 14 janvier, l’accord est entré en vigueur au Viêtnam. Le Chili et le Pérou doivent le ratifier sous peu.

Retombées probantes

Après quelques mois seulement, les retombées sont probantes, a affirmé le ministre Carr dans une entrevue avec La Presse.

« Les premiers résultats sont très positifs, indique Jim Carr. Nous voyons déjà une hausse importante de nos exportations depuis le début de l’année vers l’Asie, notamment le Japon. Ce sont de très bonnes nouvelles. »

À titre d’exemple, le Canada a vu en janvier ses exportations globales vers les pays ayant ratifié l’accord bondir de 10,1 % comparativement à janvier 2018 après deux réductions des tarifs douaniers. À elles seules, les exportations canadiennes vers le Viêtnam ont augmenté de façon marquée de 84,8 %, tandis que celles vers le Japon, la troisième économie de la planète après les États-Unis et la Chine, ont aussi connu une hausse, de 4,8 %.

Le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, sera d’ailleurs de passage à Ottawa en fin de semaine, après une tournée de cinq capitales pour préparer le sommet du G20 dont il sera l’hôte en août, afin de rencontrer le premier ministre Justin Trudeau et de souligner la nouvelle ère économique qui s’annonce pour le commerce international grâce à la mise en œuvre du PTPGP, alors que les États-Unis multiplient les politiques protectionnistes.

Rappelons que les États-Unis faisaient partie de l’accord initial, mais le président Donald Trump a décidé de retirer son pays peu après son arrivée au pouvoir, une décision qui a fait craindre pour la survie de l’accord. Mais les 11 autres membres ont réussi à conclure une entente modifiée par la suite.

Promouvoir les accords existants

Selon le ministre Carr, les entreprises canadiennes sont généralement conscientes des retombées potentielles de ces nouveaux accords que le Canada a conclus au cours des dernières années, mais il reste quand même du travail de sensibilisation à faire. D’où sa décision de consacrer l’essentiel de son temps, d’ici aux élections en octobre, à faire la promotion du PTPGP, au lieu de mener des missions commerciales à l’étranger.

« Le travail du gouvernement, après avoir signé des ententes de libre-échange, c’est d’en faire la promotion et de s’assurer que les créateurs de richesse, les petites et moyennes entreprises, soient conscientes qu’il y a des services qui existent, notamment l’expertise de nos délégués commerciaux, pour les aider à conquérir ces nouveaux marchés », a expliqué le ministre.

Cap sur l’ouest

En entrevue, M. Carr a relevé qu’une entreprise doit faire un effort supplémentaire pour brasser des affaires ailleurs qu’aux États-Unis. La proximité, la langue utilisée, les règles de commerce similaires sont autant d’incitatifs à ne pas convoiter d’autres marchés.

Mais les politiques protectionnistes de l’administration Trump depuis deux ans font en sorte que le Canada et ses entreprises ne peuvent plus se contenter du statu quo. « Les marchés de l’Asie sont aujourd’hui d’une très grande valeur stratégique. Et si nous pouvons donner un coup de pouce aux entreprises pour y dénicher de nouveaux débouchés, nous allons le faire. La classe moyenne est en forte croissance en Asie et en Amérique latine. Cette classe a soif de ce que nous produisons. Nos ressources naturelles, les produits manufacturiers, le commerce électronique, l’agroalimentaire, le porc et le bœuf aussi. Plus nous allons nous tourner vers ces marchés, plus nous allons pouvoir augmenter nos parts de marché pour nos exportations », a dit le ministre.

« Les accords de libre-échange ne valent pas grand-chose si nos entreprises et nos travailleurs sont incapables d’en tirer profit », a-t-il aussi ajouté.

Non à la ratification de l’ACEUM

À Washington, le patron du principal syndicat américain a dit hier son opposition à la ratification du nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Canada et le Mexique conclu l’année dernière. Il se dit convaincu que Mexico ne tiendra pas ses engagements en matière de réforme du travail. Richard Trumka, président de l’AFL-CIO, qui revendique 12,5 millions de membres, a estimé que le Congrès était peu enclin à ratifier l’accord vanté par le président, Donald Trump, tant que le Mexique n’aura pas fait plus de progrès sur le droit du travail. « S’ils arrivent à changer la législation du travail en adéquation avec l’accord, il leur restera à prouver qu’ils ont l’infrastructure et les ressources pour la mettre en œuvre », a insisté M. Trumka devant l’Economic Club of Washington. (AFP)