Une technologie québécoise pour lutter contre les opioïdes

Altus Formulations et un partenaire américain entendent déposer... (Photo Bernard Brault, Archives La Presse)

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Altus Formulations et un partenaire américain entendent déposer d'ici quelques mois deux demandes d'approbation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour deux applications génériques de son produit Intellitab.

Photo Bernard Brault, Archives La Presse

Une petite société pharmaceutique du nord de Montréal espère contribuer à la lutte contre les opioïdes en devenant une pionnière des technologies qui empêchent de consommer des comprimés génériques par voie nasale ou intraveineuse.

Altus Formulations et un partenaire américain entendent déposer d'ici quelques mois deux demandes d'approbation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour deux applications génériques de son produit Intellitab.

Cette technologie conçue au Québec empêche un utilisateur de réduire un comprimé en poudre pour l'inspirer par le nez ou de le mélanger à du liquide pour se l'injecter. Elle diminue aussi ses effets lorsqu'il est mélangé à de l'alcool.

« Plus de gens meurent [des suites d'abus d'opioïdes] que dans des accidents de la route. C'est une tragédie. Donc nous avons décidé de créer Intellitab, qui est un comprimé qui résiste aux falsifications », explique le PDG de l'entreprise, Damon Smith.

Ces produits dits inviolables, mieux connus sous l'expression anglaise abuse-deterrent formulations, existent déjà sous diverses formes pour des médicaments de marque, dont l'OxyContin.

« Dans l'espace générique, nous sommes à peu près les seuls, précise cependant M. Smith. Il y a d'autres technologies : je crois qu'il y a 11 produits approuvés aux États-Unis qui sont conçus pour décourager l'abus. Mais nous croyons que nous avons une version supérieure et à moindre coût. »

DEMANDÉ AUX ÉTATS-UNIS

La FDA a envoyé des signaux récemment pour encourager les entreprises pharmaceutiques à produire des opioïdes qui comportent de telles propriétés dissuasives afin de contribuer à contrer la crise qui, selon la Maison-Blanche, aurait coûté plus de 500 milliards de dollars à l'économie américaine en 2015.

De ce côté-ci de la frontière, Santé Canada n'est pas allé aussi loin et le Ministère a même essuyé des critiques lorsque, l'an dernier, il a décidé de ne pas forcer les fabricants d'opioïdes à rendre leurs produits inviolables ou leur donner des propriétés dissuadant la consommation abusive.

Altus Formulations entend présenter à la FDA en 2018 des demandes pour un stimulant populaire chez les adolescents et un « opioïde bien connu », a précisé le PDG. Une entente de confidentialité l'empêche pour le moment d'en publier le nom.

L'entreprise souhaite que ces produits pénètrent le marché américain en 2019.

«En ce moment, au Canada, les produits qui dissuadent la consommation abusive n'ont pas la même présence qu'aux États-Unis. On espère donc qu'environ un an après, vers 2020, nous aurons des produits offerts sur le marché canadien.»

Damon Smith

Le ministère fédéral a justifié sa décision de ne pas forcer tous les fabricants d'opioïdes à donner de telles propriétés à leurs produits en disant que les utilisateurs étaient alors plus susceptibles de passer à un produit qui n'était pas inviolable.

« Santé Canada demeure persuadé qu'il vaut la peine que les entreprises cherchent à concevoir certains produits de sorte qu'ils soient résistants à l'altération », a néanmoins déclaré une porte-parole.

RÉUSSITE QUÉBÉCOISE

Les partisans de ces technologies les comparent à des ceintures de sécurité : elles s'ajoutent à un ensemble de solutions et pour être efficaces, elles doivent être répandues, accessibles et utilisées.

En misant sur le marché des génériques, Altus Formulations espère donc que sa technologie touchera un plus grand nombre de personnes pour environ le même prix qu'un comprimé du même type.

« J'hésite à le dire, mais c'est une histoire de réussite qui s'est déroulée au Québec », estime Damon Smith, dont l'entreprise créée en 2012 par deux personnes emploie aujourd'hui 27 personnes.

« Nous sommes partis de rien, avec une bonne technologie développée ici par des scientifiques canadiens. Nous avons investi notre propre sueur là-dedans, sans investissement extérieur, nous sommes restés profitables de manière à réinvestir dans notre technologie et nos gens, et nous avons signé des ententes internationales avec de grandes sociétés pharmaceutiques aux États-Unis et récemment avec des sociétés en Europe et même en Inde. »

« Je ne peux pas arrêter de dire comment on n'aurait pas été capables de le faire ailleurs dans le monde, ajoute le PDG. Il y a d'excellents scientifiques ici. Excellents. De bonnes universités. C'est une histoire québécoise, vraiment. Il y a une industrie pharmaceutique en bonne santé ici et nous avons pu nous épanouir. »




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