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La Banque du Canada acculée à l'optimisme

Presque à contrecoeur, la Banque du Canada adopte un ton un brin optimiste dans... (PHOTO GEOFF ROBINS, ARCHIVES AFP)

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PHOTO GEOFF ROBINS, ARCHIVES AFP

RUDY LE COURS
La Presse

Presque à contrecoeur, la Banque du Canada adopte un ton un brin optimiste dans le message accompagnant sa décision de reconduire son taux directeur, fixé à 1% depuis septembre 2010.

«L'économie montre des signes de généralisation de la reprise, lit-on dans le communiqué publié hier matin. Cela donne à penser que le processus espéré de reconstruction qui mènera à une croissance équilibrée et autosuffisante est peut-être finalement amorcé.»

Ici, le mot-clé est «autosuffisante». Dans son Rapport sur la politique monétaire d'octobre, la banque insiste sur le rôle déterminant joué par le degré extrêmement accommodant de sa politique monétaire pour relancer et soutenir la croissance depuis la récession.

Il s'agit ici d'une première admission qu'on se rapproche d'un léger resserrement monétaire. Normalisé, le taux directeur devrait se situer entre 3 et 4% quand l'économie tourne à plein régime.

La banque reconnaît pour la première fois aussi qu'on est bien près du plein régime. «L'écart de production semble être plus petit que projeté [...] en octobre», lit-on aussi dans le communiqué.

À ce moment-là, la banque estimait que l'économie était à environ 1% de son plein potentiel, avec une marge d'erreur d'un demi-point de pourcentage.

Depuis, Statistique Canada a révisé la croissance à la hausse, ce qui a augmenté la taille de l'économie de 0,8%. En plus, la croissance annualisée du troisième trimestre a été de 2,8%. Bref, l'écart s'est réduit au point où l'on peut se demander s'il existe encore.

Le gouverneur Stephen Poloz a déjà indiqué cependant que le taux directeur pourrait ne pas être complètement normalisé cette fois-ci pour garantir la poursuite de l'expansion plus longtemps.

En plus, la banque soutient depuis quelques mois que le marché du travail fait état «d'une marge de capacités inutilisées notable».

Le taux de chômage s'élevait à 6,5% seulement en octobre, son creux du présent cycle, doit-on cependant préciser.

Il n'est pas clair non plus que ces capacités inutilisées le soient un jour, compte tenu des mutations du marché du travail depuis 2008. La population vieillit, et la délocalisation a raréfié les emplois destinés aux travailleurs semi-qualifiés.

Au fond, la Banque du Canada ne veut pas relever son taux directeur avant la Réserve fédérale américaine, qui devrait passer à l'action au printemps ou à l'été. On en saura d'ailleurs plus à cet égard dans deux semaines.

Le taux directeur canadien est le plus élevé du G7, mais cela reflète aussi le fait que le Canada a connu la plus forte expansion au cours du présent cycle.

Les autorités monétaires ne s'inquiètent d'ailleurs pas outre mesure de ce que le taux d'inflation trotte au-delà de leur cible de 2% depuis quelques mois déjà.

«L'augmentation de l'inflation au cours de la dernière année tient en grande partie aux effets temporaires du niveau plus bas du dollar canadien et à certains facteurs sectoriels, notamment les prix des télécommunications et de la viande», précisent-elles.

Et pour annihiler toute spéculation sur une hausse prochaine du taux directeur, l'équipe dirigée par Stephen Poloz souligne que «le recul des cours du pétrole présente un important risque à la baisse pour le profil de l'inflation».

Pour les spéculateurs tentés de parier sur une baisse du taux, elle ajoute: «Ce risque est atténué par l'économie américaine plus forte, la dépréciation du dollar canadien et les mesures budgétaires prises récemment par le gouvernement fédéral.»

Ici encore, il faut soupeser les mots. «Atténué» est moins fort que contré, neutralisé ou annihilé, ce qui signifie que la banque accorde beaucoup de poids à la baisse du prix de l'or noir.

Pour mieux appuyer son éloge du statu quo, la Banque du Canada rappelle aussi que le niveau élevé d'endettement des ménages, jumelé à un service de leur dette très faible, représente un risque important pour la stabilité financière.

La théorie classique enseigne qu'il n'y a rien de tel qu'une hausse de taux d'intérêt pour freiner la croissance de l'endettement. Mais le présent cycle est tout, sauf classique...

La prochaine date de fixation du taux directeur est le 21 janvier.




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