Les athlètes universitaires américains toucheront-ils bientôt leur part des lucratifs contrats de télé et autres revenus générés par leurs équipes sportives? Un groupe d'anciens joueurs de basketball a remporté devant les tribunaux, il y a deux semaines, une victoire partielle qui pourrait mener à un partage éventuel des revenus entre les équipes de la National Collegiate Athletic Association (NCAA) et les joueurs. Ce serait une petite révolution chez nos voisins du Sud, où les meilleures équipes universitaires engendrent autant d'argent que des équipes professionnelles. Portrait de la situation en cinq questions avec Michael McCann, directeur de l'Institut du droit du sport et du divertissement de l'Université du New Hampshire et analyste juridique à Sports Illustrated.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

Q Le tribunal de première instance a rendu un jugement accueilli comme une victoire par les deux parties. Qui a gagné?

R Le tribunal n'a pas dit si les demandes des anciens athlètes étudiants sont valables, il a plutôt décidé qu'ils peuvent poursuivre la NCAA en groupe, mais seulement pour les dommages futurs. Pour les dommages passés, le plaignant [Ed O'Bannon, une ancienne vedette du basket à UCLA qui a brièvement joué dans la NBA] et son groupe peuvent toujours poursuivre la NCAA sur une base individuelle, mais pas en groupe.

Q Qui devrait gagner ce litige au final: la NCAA ou les joueurs?

R C'est une question difficile. Il n'y a pas de précédent clair à la principale question en litige: les athlètes étudiants de la NCAA devraient-ils être rémunérés pour l'utilisation que fait la NCAA de leur image par le biais des jeux vidéo ou de la télé? La conclusion la plus probable? Les parties en viendront à une entente à l'amiable. [La NCAA a déjà dit qu'elle était prête à se rendre en Cour suprême, mais le risque de voir des juges changer son modèle économique pourrait l'inciter à régler hors cour.]

Q Le plaignant Ed O'Bannon a joué au basket à UCLA de 1991 à 1995. Les joueurs actuels de la NCAA ont-ils un mot à dire dans le litige? Peuvent-ils former un syndicat pour négocier avec la NCAA?

R Les lois du travail sont un gros obstacle pour les joueurs. Comme ils ne sont pas des employés de l'université, ils ne peuvent pas former de syndicat et obtenir les droits qui viennent avec. [Il y a toutefois débat sur cette question puisque deux professeurs de droit de Michigan State ont publié en 2006 un article concluant que les athlètes pourraient être considérés comme des employés.] Mais ils peuvent former une association professionnelle qui leur donnerait des droits similaires. De nombreux (28) joueurs de football ont porté le signe «All Players United» lors de matchs en septembre dernier pour lancer un tel message. Mais beaucoup de joueurs veulent simplement pratiquer leur sport, et non changer le système.

Q Si les joueurs deviennent rémunérés, les joueurs-vedettes comme le joueur de basket canadien Andrew Wiggins (Kansas) et le quart-arrière au football Johnny Manziel (Texas A&M) pourraient-ils gagner davantage que leurs coéquipiers?

R C'est une question intéressante. On peut avancer que les joueurs-vedettes méritent davantage que les autres. Dans le dossier O'Bannon, le plaignant a décidé de demander le même montant pour chaque joueur du groupe.

Q Dans cinq ans, peu importe l'issue du dossier O'Bannon, les athlètes étudiants de la NCAA seront-ils rémunérés ou le système actuel sera-t-il toujours en place?

R Je pense qu'un système différent où l'on rémunère les athlètes sera en place d'ici trois ans. Le système le plus probable, à mon avis, n'est pas celui où les athlètes recevront un salaire, mais où ils recevront des redevances après la fin de leur carrière universitaire. Les redevances pourraient être payées sur plusieurs années. Les joueurs devront probablement s'entendre en groupe avec des entreprises tierces pour les droits télé et de jeux vidéo.

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LA POURSUITE

Vingt-cinq joueurs et anciens joueurs de basket et de football de la NCAA - de loin les deux sports les plus rentables - poursuivent la NCAA afin de faire déclarer illégale une clause de leur contrat d'athlète étudiant leur interdisant de toucher des revenus de la pratique de leur sport. Les athlètes étudiants ne peuvent pas tirer une partie des revenus télé ou de licence d'un jeu vidéo qui utilise leur image. Ils poursuivent à la fois Electronic Arts et la NCAA. Electronic Arts s'est entendue à l'amiable et a accepté de payer 40 millions en dommages aux anciens joueurs. Le litige se poursuit avec la NCAA. La juge de première instance Claudia Wilken a conclu, il y a deux semaines, que le groupe pouvait poursuivre la NCAA au nom de tous les joueurs, mais seulement pour les dommages futurs (et seulement dans le cadre de l'entente de jeu vidéo avec Electronic Arts). Le litigedoit se poursuivre sur le fond en 2014.

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LES ÉQUIPES DE FOOTBALL LES PLUS PROFITABLES

TEXAS

Revenus: 103,8 millions

Profits: 77,9 millions

Marge de profit: 75%

MICHIGAN

Revenus: 85,2 millions

Profits: 61,6 millions

Marge de profit: 72%

GEORGIA

Revenus: 75 millions

Profits: 52,3 millions

Marge de profit: 70%

FLORIDA

Revenus: 74,1 millions

Profits: 51,1 millions

Marge de profit: 69%

ALABAMA

Revenus: 82 millions

Profits: 45,1 millions

Marge de profit: 55%

Ces chiffres ont été répertoriés à partir des données du Department of Education par Alicia Jessop, professeure en droit du sport à l'Université de Miami et collaboratrice à Forbes. Toutes les sommes sont en dollars américains.

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4,3 milliards US

Revenus des 50 principaux programmes sportifs universitaires aux États-Unis (2012).

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