L'entrée probable de Verizon (VZ) au Canada continue de faire réagir Bay Street pendant que Telus (T.T) tente de soutenir son titre en Bourse.

Richard Dufour LA PRESSE

La direction de Telus a annoncé lundi soir qu'elle doublait la valeur de son programme de rachat d'actions annoncé fin mai pour le faire passer à 1 milliard de dollars.

L'entreprise pourrait donc avoir racheté près de 32 millions d'actions avant la fin de l'année, ce qui représente environ 5% des actions en circulation.

Le conseil d'administration considère qu'en plus de constituer une occasion d'investissement intéressante, ce geste est susceptible d'accroître la valeur des actions.

Le titre de Telus a reculé de 8% à la fin du mois de juin lorsque les premières rumeurs entourant l'arrivée de Verizon au pays ont circulé et il n'a toujours pas repris le terrain perdu.

Les actions de Rogers Communications et de BCE, dans une moindre mesure, ont aussi été bousculées en Bourse pour la même raison au cours des dernières semaines. Les marchés semblent craindre une guerre de prix dans le sans-fil.

«Je prends Verizon au sérieux. Ce serait un game changer dans l'industrie. Je calcule qu'en ce moment, les titres de BCE, Rogers et Telus escomptent une probabilité de 50% de voir Verizon devenir le quatrième opérateur canadien dans le sans-fil», dit Drew McReynolds, chez RBC.

«Bien que le récent repli de BCE, Rogers et Telus offre une occasion d'achat potentielle pour ceux qui ont une certaine tolérance au risque, je m'attends à voir ces titres chuter encore une fois si l'arrivée de Verizon se confirme.»

La morosité pourrait même persister pendant plusieurs années, soit jusqu'à ce qu'on puisse mesurer l'impact véritable de Verizon sur le marché, ajoute-t-il. À ceux qui veulent conserver une exposition au secteur des télécoms, l'analyste suggère de se tourner vers les opérateurs régionaux comme Québecor, Cogeco Câble et Manitoba Telecom tant que la situation ne sera pas plus claire.

À la TD, Vince Valentini vient de retirer sa recommandation d'achat sur Rogers précisément à cause de l'ombre de Verizon.

Il pense que le géant américain pourrait tout aussi bien être opérationnel au pays dans six mois comme dans trois ans. «Verizon pourrait offrir ses services plus rapidement dans un modèle hybride [en utilisant le réseau d'un concurrent], si Industrie Canada force un partage des réseaux existants.»

Vince Valentini soupçonne par ailleurs les investisseurs de préparer un scénario catastrophe, si Verizon confirme son entrée au pays.

«Il est probable que, jusqu'à preuve du contraire, l'ampleur de la perturbation boursière soit plus grande que ce que pensent les analystes. La peur de l'inconnu risque d'avoir le dessus à court terme. Surtout que les titres de télécoms sont détenus par beaucoup d'investisseurs qui ont une aversion au risque et qui cherchent du rendement avec les dividendes. Et c'est sans mentionner qu'on a vu depuis 10 ans plusieurs opérateurs européens se faire terrasser en Bourse après l'arrivée de nouveaux concurrents.»

Cet analyste soutient que l'arrivée de Verizon est imminente, mais il croit aussi que l'entreprise agira de façon disciplinée, ce qui entraînerait des occasions d'achat fort attrayantes dans les mois qui viennent.

Et si un scénario catastrophe devait effectivement se produire (c'est-à-dire un autre repli important de BCE, Rogers et Telus à la suite de la confirmation de l'arrivée de Verizon), il faudra, dit-il, se tenir prêt à reculer le camion pour le remplir d'actions.