Le printemps dernier, le Centre NAD de Montréal a observé un curieux phénomène: ses diplômés en effets visuels sont plus demandés que ses diplômés en jeu vidéo, une industrie qui se plaint pourtant d'une importante pénurie de main-d'oeuvre.

Mis à jour le 25 févr. 2013
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

En 2012, 87% des finissants du Centre NAD en effets visuels avaient trouvé un emploi après six mois, contre 75% en jeu vidéo. Dans ce contexte, l'arrivée de Framestore à Montréal agace les boîtes d'effets visuels déjà en place. «Il y a déjà une pénurie de main-d'oeuvre, dit Pierre Raymond, président d'Hybride. Mais pour le gouvernement, ça semble plus important de créer des emplois, même si ça cause la fermeture d'entreprises déjà installées.»

Le gouvernement du Québec est conscient de la situation. «Ça va poser des défis à tous, mais c'est un beau problème à avoir», dit le ministre des Finances Nicolas Marceau. L'attente pour les visas des travailleurs étrangers en effets visuels vient d'ailleurs de passer de cinq mois à trois semaines (à Vancouver, c'est une semaine).

Framestore, qui compte recruter 20% de ses employés de son bureau de Londres et un autre bloc de 20% à l'extérieur du Québec, assure ne pas avoir l'intention de faire de «recrutement sauvage». «Nous ne voulons pas être le joueur qui écrase tout le monde», dit Benoit Touchette, qui répondra aux demandes d'emploi qui lui seront formulées.

«Framestore ne fera pas ses gros films avec des étudiants du cégep. Ils vont venir chercher les ténors, qui veulent justement travailler sur les projets les plus prestigieux», dit Danny Bergeron, président de Mokko. Avec cette nouvelle concurrence vient le spectre d'une hausse des salaires, qui oscillent actuellement entre 40 000$ et 150 000$. «Si tu hausses les salaires de 10% -20%, la rentabilité diminue et plusieurs boîtes locales vont fermer», prédit Pierre Raymond, président d'Hybride.