Oui, il y aura une nouvelle crise sur le plafonnement de la dette aux États-Unis.

Rudy Le Cours LA PRESSE

«Je partirai en vacances pour ne pas suivre cela», a lancé à la blague Alan Greenspan, conférencier-vedette de la 18e Conférence de Montréal.

L'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) a témoigné de son pessimisme, tant à propos de la faiblesse de la reprise américaine que sur l'issue de la crise de la zone euro.

À propos de la première, il estime que la classe politique a perdu le sens du compromis. «Nous ne reconnaissons plus que nous ne pouvons vivre ensemble sans compromis. Pas sur les principes, mais sur le niveau des impôts à payer.»

Il a réitéré auparavant que la mollesse de la reprise américaine s'expliquait par la faiblesse des investissements dans le bâtiment résidentiel et non résidentiel. Au cours des reprises précédentes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils représentaient 8% de la taille de l'économie. Cette fois-ci, ils comptent pour seulement 4%.

Pourquoi? Essentiellement à cause de l'incertitude. Pour les ménages, ils ne peuvent prédire si l'achat d'une maison représente un investissement. Pour les entreprises, il leur est impossible de prédire le rendement sur un tel investissement à long terme.

M. Greenspan avait peu de perspectives à offrir, mais il dit croire qu'une solution sera trouvée, peut-être dès son retour de vacances...

En ce qui concerne l'Europe, il ne voit guère d'avenir sans union politique pour mettre fin aux écarts de productivité qu'il attribue à des différences culturelles entre les pays du Nord et du Sud.

Il croit que la zone euro devra s'inspirer de la réunification de l'Allemagne en 1989 alors que la productivité de la portion ouest (RFA) était trois fois plus élevée que celle de l'est (RDA). Vingt-trois ans et des dizaines de milliards d'euros de péréquation après, des écarts subsistent, mais le pays est uni.

«Pourra-t-on faite la même chose et s'assurer que les États Providence comme le Portugal ou l'Italie n'accumulent plus de déficit?»

Le pessimisme de l'ancien maestro tranchait avec l'optimisme ou la volonté d'aller de l'avant d'autres conférenciers.

Comme Stephen Harper lundi, le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, a vanté les efforts d'Ottawa pour abattre les barrières et ouvrir les frontières afin de stimuler les échanges commerciaux, exportations et importations. Ceux qui prônent le commerce équitable ne prônent pas le commerce, a-t-il lancé (Fair trade is no trade). «Comme au hockey, il faut se mesurer aux équipes les plus fortes, a-t-il lancé. C'est ainsi qu'on apprend à devenir plus rapide, plus endurant et à mieux jouer en équipe.»

La directrice générale de la Banque mondiale, Sri Mulyani Indrawati, a néanmoins précisé que les membres du G20 ont adopté pas moins de 600 mesures protectionnistes entre 2008 et 2012. «La croissance et le commerce n'apportent pas automatiquement la prospérité, a-t-elle rappelé. Il faut les rendre plus amicaux et ne pas répéter la poussée des prix des aliments. Il faut se montrer inclusif et développer le filet de sécurité.»

Pour sa part, le président de la Banque interaméricaine de développement (BID), Luis Alberto Moreno, a plaidé pour que le Canada profite davantage du développement robuste de l'Américaine latine. «Malgré l'hiver qui commence dans l'hémisphère sud, le temps est très ensoleillé», a lancé d'emblée M. Moreno.

Les échanges devraient être facilités par la présence de 600 000 immigrants latino-américains au Canada ces 10 dernières années, dont 20% au Québec.

Il a souligné en revanche que l'exode des cerveaux latino-américains est chose du passé. Le continent en importe désormais, surtout d'Europe. Il accueille aussi des capitaux: 153 milliards en investissements directs étrangers l'an dernier seulement. Son produit intérieur brut (PIB) va doubler d'ici 2030.

Le Canada y exporte seulement 3% de ses expéditions alors que le potentiel est immense. Il a soutenu que le commerce Nord-Sud a plus de potentiel que celui entre l'Ouest et l'Est.

Il reste que la domination des échanges entre le Canada et les États-Unis demeure et qu'il faut trouver comment en accélérer les flux malgré les impératifs de sécurité.

David Moloney, responsable canadien de la mise en oeuvre du Plan d'action frontalier, et son vis-à-vis américain, Alan Bersin, ont fait le point sur les négociations pour rendre la frontière à la fois sûre et fluide pour le commerce et les quelque 350 000 personnes qui la franchissent chaque jour.

La tâche est colossale. Comme l'a illustré Jayson Myers, PDG des Manufacturiers et exportateurs canadiens, un cargo transportant 4000 conteneurs de voitures en provenance d'Asie subit un contrôle douanier. Les pièces d'une voiture nord-américaine traversent six fois la frontière dans autant de conteneurs jusqu'à l'assemblage final. «Cela représente 2400 contrôles ou 700$ de plus par voiture.»