Les courtiers ne prennent plus d'ordres mais se préparent à avertir leurs clients du nombre d'actions qu'ils ont pu négocier en leur nom: le grand silence règne avant la phénoménale introduction en Bourse de Facebook vendredi.

Charlotte Raab AGENCE FRANCE-PRESSE

Huit ans après son lancement dans une chambre d'étudiant d'Harvard, le géant des réseaux sociaux s'apprête à réaliser la deuxième plus grosse entrée en Bourse américaine de tous les temps: derrière Visa, mais vraisemblablement devant General Motors, selon un classement établi par le cabinet Renaissance Capital (qui ne comptabilise que les offres initiales d'actions ordinaires, hors actions préférentielles et surallocations de titres).

> Sur le blogue de Paul Durivage / Facebook: qu'en dit Warren Buffett?

Le prix de plus de 421 millions de titres vendus devait être fixé jeudi soir. De nombreux analystes prévoyaient qu'il dépasse la fourchette annoncée de 34$ à 38$, pour atteindre peut-être 40$, ou, comme l'indiquait le Wall Street Journal jeudi, 41$ - soit une opération de 14,3 à 17,2 milliards de dollars.

Les particuliers, qui avaient jusqu'à mardi après-midi pour faire une demande d'actions, devront alors confirmer à leurs courtiers qu'ils restent intéressés au prix dit. La distribution finale des actions aux chanceux qui pourront profiter du bond attendu du titre dans les échanges publics devrait être communiquée quelques heures avant la première cotation vendredi sur le marché électronique Nasdaq.

En attendant, au sein des 11 banques chargées de piloter l'opération, au premier rang desquelles Morgan Stanley, le silence absolu est imposé par la réglementation boursière.

Le jeune PDG fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, qui a soufflé ses 28 bougies lundi, fidèle à son image de «geek», sera au siège de Facebook à Menlo Park pour suivre le cours de l'événement.

Selon les sites d'informations spécialisées TechCrunch et All Things Digital, les employés de Facebook ont été conviés à participer à un grand «hackathon» (marathon de codage informatique) dans la nuit, qui s'achèvera quand M. Zuckerberg fera sonner à distance la cloche d'ouverture du Nasdaq.

L'opération a de quoi donner le tournis: la valorisation de Facebook pourrait atteindre à terme 104 milliards de dollars (une fois prises en compte toutes les options d'achat), dépassant aisément celle du groupe de médias Disney (80 milliards de dollars) presque centenaire, même s'il reste en retrait derrière l'autre géant d'internet Google.

Toutefois, comme ne cessent de le rappeler les analystes qui mettent en garde contre l'emballement, le site aux 901 millions d'utilisateurs voit sa croissance ralentir, même si elle a encore atteint 45% au premier trimestre, et une augmentation d'utilisateurs «mobinautes» alors qu'il est difficile de faire de la publicité sur les appareils portables.

Pour Virginie Lazès, directrice associée à la banque d'affaires Bryan Garnier, «finalement cette entrée en Bourse ne sert à rien, elle sert juste à acter le fait que Facebook se considère comme le leader incontournable d'internet des cinq prochaines années».

De fait ce n'est pas par besoin de liquidités que Facebook fait appel au marché: le site au chiffre d'affaires annuel (2011) de 3,7 milliards de dollars pour un bénéfice net de 668 millions de dollars compte déjà 4 milliards de dollars de liquidités.

D'autant que la société californienne, qui a annoncé mercredi un gonflement de 25% de l'opération, avec la mise sur le marché de titres supplémentaires, n'en tirera aucune recette en plus, puisque ce sont des actionnaires actuels qui vendront davantage d'actions afin de répondre à la demande.

Au total, 57% des titres vendus le seront par les détenteurs actuels et le solde par l'entreprise, qui, au prix médian annoncé, compte rapporter 6,4 milliards de dollars.

M. Zuckerberg, lui, devrait remonter dans le classement des milliardaires, grâce à sa part de 18,4% dans la société, assortie de 55,8% des droits de vote.