Le marasme qui sévit dans le marché américain de l'habitation depuis plusieurs années paraît installé à demeure. Il reste aussi le ralentisseur le plus menaçant de l'inflation contre lequel la Réserve fédérale américaine (Fed) paraît impuissante.

Publié le 18 nov. 2010
Rudy Le Cours LA PRESSE

En rythme annuel, les mises en chantier ont totalisé seulement 519 000 logements, le mois dernier au sud de la frontière, comparativement à 588 000 en septembre, un chiffre lui-même diminué après une annonce initiale par le département du Commerce de 610 000 logements.

«Visiblement, la construction résidentielle n'est toujours pas sur le point de contribuer positivement à la croissance américaine», observe Benoit P. Durocher, économiste principal chez Desjardins.

Si les permis de bâtir délivrés au cours du mois ont progressé de 0,5%, ce n'est guère encourageant quand on considère que les experts tablaient sur une hausse quatre fois plus élevée.

La faiblesse des taux d'intérêt hypothécaires nourrie par les injections extraordinaires de liquidités par la Fed ne porte pas fruits. Le taux fixe durant 30 ans d'une hypothèque se situait en moyenne à 4,21%, soit 38 centièmes de moins qu'en avril, selon la Mortgage Bankers Association citée par l'agence Bloomberg.

La politique monétaire ne parvient pas non plus à freiner la désinflation qui se fait de plus en plus inquiétante. Le mois dernier, l'indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 0,2%, poussant son rythme annuel à 1,2% seulement, malgré la hausse des prix de l'essence et de l'électricité. Si on exclut l'énergie et les aliments, on constate que l'IPC de base n'a pas bougé pour le troisième mois d'affilée, alors que son rythme annuel n'est plus que de 0,6%, un creux historique. «Toute inquiétude sur une résurgence de l'inflation d'ici un an ou deux à cause de la nouvelle phase de détente monétaire lancée par la Fed paraît surfaite, estime Peter Buchanan, économiste chez CIBC. L'inflation de base va rester sous la barre de 1% encore pendant quelques trimestres.»

La Réserve fédérale fait des pieds et des mains pour éviter que l'économie américaine ne sombre dans une dynamique de stagnation et de déflation, comme en a vécu une le Japon au cours des années 90.

La Fed a bien compris qu'il fallait injecter massivement des liquidités, mais elle semble impuissante face à la cause principale de cette décennie perdue, selon une étude de la Banque TD, parue la semaine dernière. «Les autorités japonaises ne sont pas parvenues à s'attaquer aux prêts non performants des banques et de sociétés financières spécialisées dans les prêts aux ménages», expliquent Craig Alexander, Beata Caranci et Martin Schwerdtfeger dans Resolving U.S. Housing Problem Essential to Avoid Japan Experience (Pour ne pas vivre l'expérience japonaise, la résolution de la crise de l'habitation américaine est essentielle).

Selon les auteurs, il est impératif de s'attaquer au problème des saisies. Quand un emprunteur vend sa maison ces jours-ci, il obtient en moyenne un prix inférieur de 13% à la valeur de son prêt hypothécaire. La perspective de pareille perte n'incite pas les gens à accepter un emploi qui obligerait à déménager.

Si le prêteur saisit la propriété, il obtiendra un prix de revente de 35% inférieur en moyenne à la valeur de son prêt. Les ménages qui font face à une saisie renoncent à entretenir leur propriété.

À la fin du deuxième trimestre, 4,6% des emprunteurs hypothécaires étaient menacés de forclusion et 4,5% accusaient un retard de 90 jours dans leurs mensualités sans encore être menacés de saisie. Cela représente plus de 4 millions de prêts défaillants. «La leçon à tirer de l'expérience japonaise est que permettre les prêts non performants de demeurer un long moment au bilan des institutions financières entrave le fonctionnement du système bancaire», expliquent les auteurs.

Ils ajoutent que, si la Fed peut jouer un rôle dans la recherche d'une solution, tous les intervenants devront participer.

Hélas, ils sont nombreux: les propriétaires, les prêteurs, les courtiers hypothécaires, les émetteurs de titres adossés à des prêts hypothécaires, leurs détenteurs, les agences de notation, les régulateurs, sans oublier le système judiciaire.

«Cela montre que la solution ne réside pas dans davantage de détente monétaire, concluent les auteurs. La solution ne fait pas partie de la boîte à outils de la Fed.»