Vidéotron fait de la fausse représentation lorsqu'elle affirme avoir le service internet le plus rapide. Désormais, Bell (T.BCE) serait même jusqu'à sept fois plus rapide.

Francis Vailles LA PRESSE

Voilà ce que soutient Bell Canada dans une poursuite contre Vidéotron, rendue publique cette semaine. Le géant de la téléphonie exige que Vidéotron cesse ses publicités fausses et trompeuses. Il demande à la Cour d'émettre une injonction à cet égard et réclame même 50 millions de dollars de dommages.

Ce nouveau chapitre de la guerre entre les deux plus importants fournisseurs de services internet a pris naissance avec le lancement du service avec fibres optiques de Bell, en février. Depuis, Bell a significativement rehaussé ses vitesses de téléchargement en aval et en amont.

Ce litige ressemble à celui de l'automne dernier. Bell et Rogers avaient alors été obligés par un tribunal de Colombie-Britannique de retirer leurs publicités qui affirmaient la suprématie de leur réseau de téléphonie sans fil.

Cette fois, c'est Bell qui critique la pub d'un concurrent, Vidéotron. «Les représentations constituent une attaque directe à la réputation de Bell en suggérant faussement que chacun des échelons de vitesses internet de Bell est plus lent et moins fiable que ceux de Vidéotron», est-il écrit dans la requête.

Bell cite une série de publicités de Vidéotron dans les principaux médias, qui se termine souvent par: «L'internet le plus rapide et le plus fiable. Point final.» Selon Bell, de telles publicités lui causent des dommages considérables en raison des clients qu'elle perd.

La Presse Affaires a pris contact avec divers experts du domaine pour savoir qui dit vrai. Or, les experts donnent raison aux deux parties!

Dans sa poursuite, Bell compare la vitesse de téléchargement vers l'extérieur, appelée téléchargement en amont (upload). À ce chapitre, elle affirme qu'à 7 mégabits par seconde (mbps), elle est sept fois plus rapide que sa concurrente.

Les sites internet de chacune des deux entreprises semblent corroborer cette information. Pour son meilleur forfait, Vidéotron offre plutôt une vitesse maximale en amont de 1 mbps.

Par contre, pour ce qui est de la vitesse de téléchargement de l'extérieur vers l'usager (en aval), Vidéotron est le plus rapide, si l'on se fie aux sites internet. Le forfait Très grande vitesse de Vidéotron offre 50 mbps de téléchargement, comparativement à 25 mbps pour celui de Bell.

Le consultant Amit Kaminder, du Groupe Seaboard, souligne que pour les usagers «l'expérience d'une vitesse rapide est généralement mesurée par la vitesse en aval» et qu'à ce chapitre, Vidéotron demeure gagnante.

Même son de cloche pour le responsable du centre de tests du CRIM, Martin Blouin. «Pour les entreprises, la rapidité de téléchargement de documents vers l'extérieur (upload) peut être importante, mais, pour l'internaute résidentiel, c'est la vitesse en aval qui importe davantage.»

Dans sa poursuite, Bell s'insurge également contre les pubs de Vidéotron concernant la fiabilité du signal de télévision («Bénéficiez du service numérique le plus fiable, beau temps, mauvais temps»).

L'une des publicités montre un fan de hockey qui perd le signal satellite, pendant que son ami, qui regarde la même partie sur Vidéotron, capte «le but le plus important de l'histoire du hockey».

Selon Bell, cette «prétention de Vidéotron est fausse et trompeuse et ne peut s'appuyer que sur des études de marché de Léger Marketing en septembre 2009 et décembre 2009». Dans les faits, soutient Bell, la disponibilité du service de télévision numérique par satellite excède 99,9%.

Hier, devant le tribunal, les deux parties se sont entendues sur le déroulement des procédures. Aucune injonction n'a encore été accordée. L'injonction permanente sera plaidée à la fin de mai. Ni Bell ni Quebecor, propriétaire de Vidéotron, n'a voulu faire d'autres commentaires sur cette affaire.